querai toutes les actions qui appartiennent à l’homme non expérimenté, à l’homme-animal
55
.
C’est la nature sage, pure et simple qui seule agit dans les animaux: si la réflexion s’en mêlait, elle gâterait ou perfectionnerait
tout. Elle gâterait d’abord; elle perfectionnerait ensuite.
Par la nature et le besoin l’araignée est devenue
R
bonne ourdisseuse, l’hirondelle très bonne architecte: mais comme la
réflexion ne s’en mêle point, qu’elles sont toujours guidées par
ces deux mêmes maîtres, elles ne seront jamais ni plus,
S
ni moins
habiles.
La formation du nid de l’hirondelle n’est, peut-être, que la
suite d’un enchaînement aveugle de besoins, d’un enchaînement
organique produit ou par des malaises, dont on se soulage,
T
ou
par des plaisirs qu’on ressent: un effet de la liaison établie entre
la mère et le petit. C’est une véritable singerie; et puis la variation
qui s’opère par l’amour et par l’approche du mâle qui modifie la
femelle.
La brebis transmet la frayeur du loup à l’agneau; la poule au
poussin celle de l’épervier; cela est si vrai que quand l’animal n’a
point été vu, il n’est craint ni de la mère,
U
ni du petit (Christ.
55 Cf. J.-B. R. Robinet, Parallèle de la condition et des facultés de l’homme
avec la condition et les facultés des autres animaux, Paris [Bouillon], 1769,
pp. 8-9: « On ne s’est pas appliqué avec le même zèle à comparer l’économie
humaine, je veux dire la condition et les mœurs de l’homme, avec la condition
et les mœurs des autres animaux. L’homme peut-être serait alarmé de ce parallèle; et l’orgueil philosophique rougirait de recevoir des leçons de l’instinct des
brutes: motif puéril ! Conduite vaine et ridicule !»; cf. aussi Buffon, Histoire
naturelle cit., vol. II, pp. 429-445: « De la nature de l’Homme ».
R très bonne ourdisseuse […] qu’elles seront toujours…
S ni moins habiles. On cause du nid de l’hirondelle. Enchaînement aveugle
de besoins, enchaînement organique…
T et par des plaisirs […] ressent. Liaison établie de la mère au petit: c’est
une singerie…
U FNR: ni du petit. Perdrix et Christophe Colomb. Nous ne pouvons
connaître l’instinct parce qu’il est détruit par notre éducation. Il est plus éveillé
dans le Sauvage. (p. 265, 1. 15-18; AT, 377) [Diderot fait allusion aux expériences des voyageurs qui constataient l’absence de peur et la confiance des animaux sauvages, lorsqu’ils n’ont pas encore appris à se méfier de l’homme: voir
notes suivantes].
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PARTIE I
AL-962-02-Texte 1 9.6.2004 15:19 Page 140
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