488 trOiSiÈMe partie La génétique
Les questions sur la sécurité et l’éthique
soulevées par la biotechnologie
À propos des dangers potentiels associés à la technologie de
recombinaison de l’ADN, on s’est d’abord préoccupé du
risque de création d’agents pathogènes dangereux. Que se
passerait­il, par exemple, si les gènes de cellules cancéreuses
étaient introduits dans des bactéries ou des virus ? Par mesure
de précaution contre des microorganismes indésirables, les
scientifiques ont adopté un ensemble de lignes directrices,
devenues des règlements officiels dans plusieurs pays. Les
mesures de sécurité comprennent notamment des procédures
strictes de travail en laboratoire destinées à protéger les
chercheurs contre l’infection par des microorganismes modifiés et aussi à empêcher que ceux­ci s’échappent accidentellement du laboratoire. De plus, les souches de microorganismes
employées dans les expériences portant sur l’ADN recombiné sont modifiées génétiquement, de sorte qu’elles ne
peuvent survivre hors du laboratoire. Enfin, on a interdit
certains types d’expériences présentant un risque évident.
Aujourd’hui, le public s’inquiète surtout des risques liés
non pas aux microorganismes recombinés, mais plutôt aux
organismes génétiquement modifiés (OGM) dont on
se sert à des fins alimentaires. Un OGM est un organisme
auquel on a ajouté un ou plusieurs gènes par des moyens
artificiels. Les gènes en question proviennent d’une autre
espèce ou encore d’une autre variété de la même espèce.
Certains saumons, par exemple, ont été génétiquement
modifiés par l’ajout d’un gène de l’hormone de croissance
plus actif. Cependant, la majorité des OGM qui assurent
notre approvisionnement alimentaire ne sont pas des animaux, mais des plantes.
Les cultures génétiquement modifiées sont très répandues
aux États­Unis, en Argentine et au Brésil ; ensemble, ces pays
comptent pour plus de 80 % de la superficie mondiale consacrée à de telles cultures. Aux États­Unis, la majorité des cultures
de maïs, de soja et de canola sont génétiquement modifiées,
et il n’est pas obligatoire de l’indiquer sur l’étiquette des
produits. Cependant, les mêmes aliments font l’objet d’une
controverse continuelle en Europe, où la révolution génétique a fait face à une forte opposition. Les inquiétudes de
nombreux Européens portaient sur la sécurité des aliments
génétiquement modifiés et les conséquences environnementales possibles de la culture des plantes transgéniques.
Au début de 2000, les négociateurs de 130 pays se sont
entendus sur le Protocole de Cartagène concernant la prévention des risques biotechnologiques. Ce document stipule
que les exportateurs sont tenus d’indiquer quels sont les organismes génétiquement modifiés présents dans leurs livraisons
de denrées alimentaires en vrac. Le protocole, entré en vigueur
en 2003, spécifie également que les pays impor tateurs sont
libres de déterminer si ces denrées posent un risque pour l’environnement ou la santé. (Même si les États­Unis ont refusé de
signer l’accord, il est quand même entré en vigueur parce que
la majorité des pays étaient en faveur.) Depuis ce temps, des
pays européens ont, à l’occasion, refusé des récoltes provenant des États­Unis et d’autres pays, ce qui a créé des différends commerciaux. Bien qu’un petit nombre de cultures
génétiquement modifiées aient été pratiquées en sol européen, ces produits ont généralement été un échec sur les
marchés locaux, et l’avenir de ce type de culture en Europe
est incertain.
Ceux qui préconisent une approche prudente à l’égard
des cultures génétiquement modifiées craignent que les
plantes transgéniques puissent transmettre leurs nouveaux
gènes à des espèces apparentées situées dans des zones voisines restées à l’état naturel. On sait que les Graminées des
pelouses ou des cultures, par exemple, échangent souvent
des gènes avec leurs parentes sauvages par l’intermédiaire
du pollen. Si le pollen des plantes cultivées portant des gènes
de résistance aux herbicides, aux maladies ou aux insectes
ravageurs féconde des espèces sauvages, celles­ci pourraient
devenir de « super­mauvaises herbes » très difficiles à éliminer.
Quant aux risques pour la santé humaine que posent les aliments génétiquement modifiés, certaines personnes craignent
que les protéines produites par les transgènes créent des réactions allergiques. Bien que des signes montrent que de telles
allergies puissent survenir, les partisans des cultures géné tiquement modifiées réclament que ces protéines soient testées
pour déterminer leur capacité à causer des réactions allergiques.
Les gouvernements et les agences de réglementation du
monde entier s’efforcent de favoriser l’emploi des biotechnologies dans l’agriculture, l’industrie et la médecine, tout
en veillant à ce que les nouveaux produits et procédés ne
posent aucun danger. Au Canada, la Direction générale de
la protection de la santé (DGPS, Santé Canada), Agriculture
Canada, l’Agence canadienne d’inspection des aliments et le
Comité consultatif national sur la biotechnologie travaillent
conjointement à l’établissement des principes directeurs et
de la réglementation encadrant les nouvelles réalisations en
biotechnologie. En France, le contrôle est exercé par la Commission du génie génétique et la Commission du génie biomoléculaire. Ces organismes subissent des pressions croissantes de
la part de certains groupes de consommateurs. Ces mêmes
organismes et le public doivent également examiner des questions éthiques en fonction des nouvelles biotechnologies.
Les progrès de la biotechnologie nous ont permis d’obtenir les séquences complètes des génomes humains et de
ceux de nombreuses autres espèces, nous fournissant un
vaste trésor d’informations sur les gènes. On peut se demander dans quelle mesure certains gènes diffèrent d’une espèce
à l’autre, et comment les gènes, voire les génomes entiers, ont
évolué. (Ces sujets sont abordés au chapitre 21.) En même
temps, l’accélération du processus de séquençage des génomes
d’individus et la réduction des coûts de cette opération nous
forcent à aborder des questions éthiques importantes. Qui
devrait avoir un droit de regard sur les informations génétiques
d’une autre personne ? Comment cette information devraitelle être utilisée ? Devrait­on prendre en compte le génome
d’un individu pour déterminer s’il peut obtenir un emploi
ou contracter une assurance ? Il est probable que les considérations éthiques ainsi que les inquiétudes suscitées par les
dangers pour la santé et l’environnement ralentiront la mise
en œuvre de certaines applications de la biotechnologie. En
même temps, une réglementation trop contraignante risque
de nuire à la recherche fondamentale et à ses retombées bénéfiques. Cependant, la puissance de la biotechnologie, qui nous
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