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Q U E L L E P L A C E P O U R L A N AT U R E D A N S N O S V I L L E S ?
Le long des routes de migration, les villes constituent des haltes appréciées, notamment des cigognes blanches, qui n’hésitent pas à s’y (re)poser.
«N
ature » et « ville » sont trop souvent renvoyées dos à dos. Pourtant, toutes deux
participent à l’histoire des civilisations et des constructions urbaines. Ainsi,
dès l’époque antique, la nature fait partie intégrante des grandes cités, sous la forme
par exemple de bois sacrés réputés abriter de nombreuses divinités. Dans les cités du
Moyen Âge, l’augmentation du nombre de citadins s’accompagne d’une diminution
de la quantité d’espaces de nature. Seuls les jardins des simples, où sont cultivées des
plantes médicinales et potagères, sont préservés.
À l’époque moderne, la nature urbaine se voit octroyer davantage de place.
L’édifi cation et l’entretien des jardins sont alors des symboles importants pour le
pouvoir en place : l’art des jardins devient un signe de richesse et de puissance. Il faut
pourtant attendre le XIX
e siècle et le courant hygiéniste pour que les espaces de nature
urbaine soient rouverts au public, que ce soit dans une optique de salubrité publique
ou dans le but d’offrir des loisirs aux citadins et de désamorcer une contestation trop
virulente du pouvoir en place. Le projet le plus connu est celui mis en œuvre par le
baron Georges Eugène Haussmann, préfet de la Seine, qui fera ouvrir de larges avenues bordées d’arbres et aménager de nombreux parcs publics (création du parc des
Buttes-Chaumont, du parc Montsouris, réhabilitation des bois de Vincennes et de
Boulogne en jardins de promenade). Si, depuis cette période, l’importance accordée
à la nature dans les projets d’urbanisme a beaucoup fl uctué, les villes accueillent
actuellement une nature très diversifi ée, héritage des temps passés.
Cette question a pris en tout cas un
relief particulier à partir des années 1970
avec l’émergence de la préoccupation
« Chez l’être humain, le développement
de la connaissance rationnelle-empirique-technique
n’a jamais annulé la connaissance symbolique,
mythique, magique ou poétique. »
Edgar Morin (2000).
C H A P I T R E
27
Quelle place pour la nature
dans nos villes ?
Anne-Caroline Prévot-Julliard
et Richard Raymond
Q U E L L E P L A C E P O U R L A N AT U R E D A N S N O S V I L L E S ?
Le long des routes de migration, les villes constituent des haltes appréciées, notamment des cigognes blanches, qui n’hésitent pas à s’y (re)poser.
«N
ature » et « ville » sont trop souvent renvoyées dos à dos. Pourtant, toutes deux
participent à l’histoire des civilisations et des constructions urbaines. Ainsi,
dès l’époque antique, la nature fait partie intégrante des grandes cités, sous la forme
par exemple de bois sacrés réputés abriter de nombreuses divinités. Dans les cités du
Moyen Âge, l’augmentation du nombre de citadins s’accompagne d’une diminution
de la quantité d’espaces de nature. Seuls les jardins des simples, où sont cultivées des
plantes médicinales et potagères, sont préservés.
À l’époque moderne, la nature urbaine se voit octroyer davantage de place.
L’édifi cation et l’entretien des jardins sont alors des symboles importants pour le
pouvoir en place : l’art des jardins devient un signe de richesse et de puissance. Il faut
pourtant attendre le XIX
e siècle et le courant hygiéniste pour que les espaces de nature
urbaine soient rouverts au public, que ce soit dans une optique de salubrité publique
ou dans le but d’offrir des loisirs aux citadins et de désamorcer une contestation trop
virulente du pouvoir en place. Le projet le plus connu est celui mis en œuvre par le
baron Georges Eugène Haussmann, préfet de la Seine, qui fera ouvrir de larges avenues bordées d’arbres et aménager de nombreux parcs publics (création du parc des
Buttes-Chaumont, du parc Montsouris, réhabilitation des bois de Vincennes et de
Boulogne en jardins de promenade). Si, depuis cette période, l’importance accordée
à la nature dans les projets d’urbanisme a beaucoup fl uctué, les villes accueillent
actuellement une nature très diversifi ée, héritage des temps passés.
Cette question a pris en tout cas un
relief particulier à partir des années 1970
avec l’émergence de la préoccupation
« Chez l’être humain, le développement
de la connaissance rationnelle-empirique-technique
n’a jamais annulé la connaissance symbolique,
mythique, magique ou poétique. »
Edgar Morin (2000).
C H A P I T R E
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Quelle place pour la nature
dans nos villes ?
Anne-Caroline Prévot-Julliard
et Richard Raymond
