Fig. 45. Crabe chinois Eriocheir sinensis. La carapace peut atteindre
des dimensions de 9 sur 7,5 cm.
Un exemple de prolificité excessive est fourni par notre Carpe dont
l’introduction en Amérique du Nord a failli tourner à la catastrophe. Un
stock originel de 345 individus amené en 1876 aux États-Unis et élevé dans
des établissements de pisciculture fut répandu à travers le pays. Il y devint
la souche d’une population démesurée qui se multiplia aux dépens
d’espèces plus intéressantes, probablement par suite de sa rusticité et d’une
meilleure utilisation de la nourriture. Les Carpes modifient de plus les
milieux originels en détruisant la végétation aquatique et en troublant l’eau
par la boue soulevée par leurs activités. Certaines étendues d’eau ont été
ainsi entièrement privées de leur végétation par ces poissons responsables
d’un « surpâturage aquatique ». La Carpe a par ailleurs été introduite dans
le sud-est du Brésil, notamment dans le rio Iguazu, s’attirant la vindicte des
pêcheurs privés de poissons appréciés, éliminés par un compétiteur plus
entreprenant. Il en est de même en Afrique du Sud (Bigalke, 1937).
L’Europe a été elle aussi le théâtre d’acclimatations malheureuses, en
particulier celle du Poisson-chat Ameiurus nebulosus, introduit en France en
1870. Renommé pour la délicatesse de sa chair, il est en réalité difficile
d’accommoder pour la table en raison de ses nageoires piquantes ce poisson
qui prend la place d’espèces plus intéressantes. Il en va de même de la
Perche soleil Eupomotis gibbosus, acclimatée dès 1886 en France et
installée maintenant dans les eaux du pays presque entier, aux dépens
d’espèces dont elle n’a de loin pas la valeur alimentaire.
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