Chapitre 17 • Métamorphisme BP-HT dans les zones d’extension
262
La rareté des éclogites dans les ceintures vertes archéennes est également
compatible avec l’hypothèse d’un géotherme de subduction archéen chaud : la croûte
océanique en subduction fondrait avant sa déshydratation et ne serait donc pas ou
peu éclogitisée. Cependant, cette rareté ne permet pas d’exclure que ces roches n’aient
pas existé. En effet, les chances, pour ces éclogites, d’échapper à une rétromorphose
dans les conditions du faciès Granulite ou Amphibolite dans une lithosphère chaude
ou à l’érosion sont minimes.
Les témoins d’éclogitisation les plus anciens connus actuellement sont les filons
d’éclogites de la ceinture mobile de Belomorian dans le bouclier baltique (sur la
côte de la Mer Blanche) qui ont 2,7 Ga (Volodichev et al., 2004). Leur composition
chimique serait proche de celles des basaltes de la ride océanique. La paragenèse
éclogitique est à omphacite-grenat et montre les indices classiques de la rétromorphose
par décompression : symplectite à hornblende - plagioclase autour du grenat et
clinopyroxène - plagioclase qui remplace l’omphacite. Des inclusions d’amphibole,
chlorite, pumpellyite dans le grenat seraient des reliques anté-éclogitiques. Les
conditions de formation de la paragenèse éclogitique sont estimées à 14,0-17,5 kb et
740-865 °C pour l’éclogite du village de Gridino et 14-15 kb et ~ 700 °C pour
l’éclogite de Salma. Ces conditions se situent à proximité immédiate du géotherme
« GArchéen ». Il faut toutefois être certain que ces évaluations correspondent bien
aux conditions maximales du métamorphisme et de l’enfouissement.
De même, la ceinture paléoprotérozoïque de l’Usagaran dans le centre de la Tanzanie
contient une unité de 35 km de long d’éclogites plus ou moins amphibolitisées,
intercalées dans des métapélites. Les éclogites, datées à 2 Ga, sont à omphacite, grenat,
rare disthène et hornblende. Orthopyroxène, clinopyroxène et plagioclase constituent
les minéraux rétrogrades coronitiques. Les conditions optimales du métamorphisme
sont estimées à 18 kb et 750–800 °C, suivi d’un trajet rétrograde de décompression
isotherme (figure 17.2 ; Möller et al., 1995). Au Cameroun, des éclogites ont des
compositions de MORB et enregistrent une pression minimale de 16 kbar à 750-800 °C.
Elles témoignent d’une suture, il y a 2,09 Ga, entre le craton de São Francisco et celui du
Congo Craton (Loose et Schenk, com. pers.)
En Afrique de l’Ouest, la collision entre le craton ouest africain et le bloc central
du continent Gondwana est à l’origine d’éclogites néoprotérozoïques dont les conditions
de cristallisation sont en moyenne de 16-20 kbar, 700-800 °C. (Agbossoumonde
et al., 2001)
Dans la chaîne hercynienne, d’âge paléozoïque, la majorité des éclogites témoignent
de conditions semblables à celles décrites ci-dessus, alors que, seul, un nombre limité
indique des pressions beaucoup plus élevées. Le trajet rétrograde de ces éclogites
paléozoïques débute avec des valeurs moyennes de pression et température aux
alentours de 20 kb-750 °C, se poursuit par une décompression à peu près isotherme
jusqu’à 10-12 kb et se termine par une diminution concomitante de P et T jusqu’aux
environs de 6 kb-600 °C.
En fin de compte, toutes les évaluations thermobarométriques des conditions de
formation des éclogites archéennes, paléoprotérozoïques, néoprotérozoïques, paléozoïques ne sont pas significativement différentes les unes des autres ! Elles ne permettent
9782100522682-Nicollet.fm Page 262 Mardi, 29. décembre 2009 4:34 16
Précédent

- 274/300

Suivant