Préface
Une lente évolution, lente, lente, se produit-elle dans les pratiques universitaires françaises ?
Des livres scientifiques en français deviennent disponibles. En trente ans, on a vu disparaître
les gros classiques d’avant-guerre, démodés, puis sortir quelques livres qui étaient essentiellement des notes de cours améliorées, peu diffusées sans doute parce que correspondant
davantage à un besoin local qu’à une tentative sérieuse de rénover la pédagogie. Puis des
traductions plus ou moins profondément remaniées de livres américains. Et enfin quelques
ouvrages à succès, dont le grand nombre d’éditions, et le tirage, ont dû remplir d’aise auteurs et éditeurs – et cela parce qu’ils sont utiles aux étudiants et qu’ils sont originaux par
rapport à leurs homologues étrangers.
S’il nous était possible depuis quelques années de conseiller aux étudiants de se procurer
pour la Chimie Organique le « H.&C. », ou de leur indiquer que le niveau de Chimie Physique atteint en DEUG était celui de la 15 e édition du « A », il était bien difficile jusqu’ici
de pouvoir miser sur un livre d’introduction générale en Chimie Analytique. Le « R », le
Rouessac, va pouvoir combler cette lacune.
« Analyse Chimique », en fait, tel est son titre. Il y a quelques années, des collègues
spécialisés en Chimie Analytique m’avaient effectivement expliqué que je confondais leur
domaine et l’analyse chimique : la Chimie Analytique était une science désincarnée, éloignée des basses applications, celles de l’analyse chimique (notez le jeu d’initiales majuscules et minuscules). Pourtant, je n’en crois rien, et je n’ai jamais su si le cours de Chimie
Analytique que j’ai introduit à Strasbourg il y a une quinzaine d’années était Ceci ou cela.
Le Rouessac est l’un ou l’autre. Son sous-titre est plus explicite : il s’agit de « Méthodes et
Techniques Instrumentales Modernes ». Explicite, mais peu informatif : l’analyse chimique
s’est toujours faite à l’aide d’instruments, et ils n’ont jamais cessé de se moderniser. Pendant
longtemps, le plus important a été la balance ; il reste essentiel (et on peut espérer qu’une
prochaine édition du R. décrira ce qu’est devenue cette méthode instrumentale moderne - il
y suffira de quelques pages).
Aujourd’hui, ce sont des méthodes bien plus variées et plus complexes qui font la loi
dans les laboratoires. Le R. les décrit de façon systématique et simple, mais précise. Que
ce soit pour les méthodes de séparation comme, bien sûr, toutes les variantes des chromatographies, ou pour les méthodes d’identification structurale on y trouvera une introduction
bien équilibrée. Livre d’enseignement, le R. l’est dans la mesure où un chimiste qui en
connaîtrait tout le contenu (et aurait reçu une initiation pratique, bien sûr) ne serait guère
en peine de se rendre utile dans n’importe quel laboratoire. Livre d’enseignement réussi, il
l’est aussi, par le soin qu’il met aux explications.
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