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Introduction à la pêche plaisante
—
avec astuce, des méthodes surprenantes, des méthodes SUR
PRENANTES qu’il n’utilise que la nuit pour les mieux cacher
aux regards concupiscents (ma vue est excellente dans le non,
et vous?). Jojo est un pêcheur instinctif et c’éSt un pêcheur_
malin, sa méthode de traîne est le fruit d’un raisonnement
simple mais judicieux. Une des obsessions de Jojo est de
savoir où se trouve le poisson. C’est pour cela qu’il écouté
si attentivement les bavardages de ses clients. Son bistrot
est un centre de renseignements où les nouvelles circulent,
qu’il analyse et enregistre. Quand ma femme débarque à
L’Ile-aux—Moines, Jojo ne la considère pas comme une
citoyenne ordinaire mais comme la femme d’un citoyen .
pêcheur. Du plus loin qu’il l’aperçoit, il la salue du deuxième
geste d’interrogation décrit plus haut : << Est-ce que ça
donne? >>
‘
‘
Le deuxième personnage avec lequel j’ai noué des relations
hors du commun est lui-même un personnage hors du com—
mun, obsédé par la recherche et l’innovation. Jeune ostréi—
eulteur ruiné par la maladie des huîtres, puis sablier ruiné
par la crise immobilière, Raphaël Crecker s’est converti
récemment à la traîne alors que tout le monde admet qu’il
s’agit d’une technique déclinante, sur le plan professionnel
s’entend. Il a commencé ses expériences avec une ligne qu’il
m’avait demandé — l’honneur est grand — de gréer. Malgré son ignorance initiale, mais à cause de sa connaissance
des fonds, de son « empirisme organisateur » et de sa science
du poisson, il a obtenu d’emblée des résultats éblouissants,
d’autant plus qu’il a échangé ses secrets avec Jojo. Et ils
se sont mis, tous les deux, à sortir du bar à tire-larigot sous
le nez de leurs concurrents médusés, au moment même où
1: Î t f
un autre professionnel, spécialisé depuis plusieurs années
dans la pêche du bar, était contraint de renoncer et de déposer son rôle.
Il n’est pas rare que, nous croisant sur l’eau, nous nous accor—
dions une pause en vidant un godet. Nos deux canots amarrés par un méchant bout tourné à la va-vite, nous nous laissons dériver dans le clapot, en tossant du bordé, au diable
les défenses! Bien entendu, nous bavardons de traîne, de
méthodes de traîne, d’expérience de traîne, de nouveaux leur—
res, d’essais de couleurs et de boëttes. Nous nous inté-
Introduction à la pêche plaisante
—
avec astuce, des méthodes surprenantes, des méthodes SUR
PRENANTES qu’il n’utilise que la nuit pour les mieux cacher
aux regards concupiscents (ma vue est excellente dans le non,
et vous?). Jojo est un pêcheur instinctif et c’éSt un pêcheur_
malin, sa méthode de traîne est le fruit d’un raisonnement
simple mais judicieux. Une des obsessions de Jojo est de
savoir où se trouve le poisson. C’est pour cela qu’il écouté
si attentivement les bavardages de ses clients. Son bistrot
est un centre de renseignements où les nouvelles circulent,
qu’il analyse et enregistre. Quand ma femme débarque à
L’Ile-aux—Moines, Jojo ne la considère pas comme une
citoyenne ordinaire mais comme la femme d’un citoyen .
pêcheur. Du plus loin qu’il l’aperçoit, il la salue du deuxième
geste d’interrogation décrit plus haut : << Est-ce que ça
donne? >>
‘
‘
Le deuxième personnage avec lequel j’ai noué des relations
hors du commun est lui-même un personnage hors du com—
mun, obsédé par la recherche et l’innovation. Jeune ostréi—
eulteur ruiné par la maladie des huîtres, puis sablier ruiné
par la crise immobilière, Raphaël Crecker s’est converti
récemment à la traîne alors que tout le monde admet qu’il
s’agit d’une technique déclinante, sur le plan professionnel
s’entend. Il a commencé ses expériences avec une ligne qu’il
m’avait demandé — l’honneur est grand — de gréer. Malgré son ignorance initiale, mais à cause de sa connaissance
des fonds, de son « empirisme organisateur » et de sa science
du poisson, il a obtenu d’emblée des résultats éblouissants,
d’autant plus qu’il a échangé ses secrets avec Jojo. Et ils
se sont mis, tous les deux, à sortir du bar à tire-larigot sous
le nez de leurs concurrents médusés, au moment même où
1: Î t f
un autre professionnel, spécialisé depuis plusieurs années
dans la pêche du bar, était contraint de renoncer et de déposer son rôle.
Il n’est pas rare que, nous croisant sur l’eau, nous nous accor—
dions une pause en vidant un godet. Nos deux canots amarrés par un méchant bout tourné à la va-vite, nous nous laissons dériver dans le clapot, en tossant du bordé, au diable
les défenses! Bien entendu, nous bavardons de traîne, de
méthodes de traîne, d’expérience de traîne, de nouveaux leur—
res, d’essais de couleurs et de boëttes. Nous nous inté-
