Éloge de la pêche et despêCheurs 21
lement à la surface du globe, qui freine ou active la fécon—
dité des animaux et des végétaux.
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Oui, la mer est la vie et l’abondance. Oui, elle conditionne
le destin de l’homme : les médecins bretons ont observé
depuis longtemps que le nombre de naissances est élevé au
moment des marées de «vives-eaux, alors qu’il se situe en des_
sous de la moyenne pendant les mortes-eaux. lls affirment
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aussi que la plupart des naissances ont lieu pendant la marée
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montante, tandis que les vieillards s’éteignent au cours de
la marée descendante. Avec le flot, la vie, son agitation, ses
luttes, ses conquêtes. Avec le jusant, l’abandon, l’apaisement
et le renoncement. Qui d’autre que le pêcheur subirait davantage cette attraction incoercible?
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Par le seul acte, enfin, de tremper du nylon dans l’eau, le
pêcheur du dimanche pénètre dans la confrérie des marins
pêcheurs, le corps d’éliteoù le Christ recruta ses premiers
apôtres. il y pénètre par la petite porte, mais il'y pénètre,
et même s’il n’en est pas conscient, ildépasse ainsi en
pêchant, en s’adonnant à son passe-temps, le cadre d’un loisir
vulgaire. Modeste foliole d’une f0rêt grandiose, il s’intègre
à l’une des plus glorieuses familles humaines.
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Quand il pêche les morues « à soutenir» sur les ridains de
Dieppe, ses hameçonsiboëttés de bulots, il pêche exactement
comme les dorissiers des bancs, mis à part l’inconfort, les
dangers et les privations. Quand il pêche le maquereau en
pleine eau et qu’il le « monte >> à la Strouille, il se comp0rte
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à s’y méprendre comme le maquereautier à voile, à cette
différence
n’a pas embarqué sur
un aussi beau
navire que celui de son prédécesseur. Lorsqu’il traîne en
surface, sur tangons, une ribambelle de leurres saùtillants,
il copie les thoniers et perpétue leurs techniques, sans partager, il est vrai, les grandeurs et misères de ces Seigneurs
de la voile pêchante. Il leur est parent pauvre, mais“ il est
de leur famille.
À me voir arpenter les mêmes remous, à l’heure où les navigateurs de pacotille dorment à poings fermés, les marins de
l’aurore m’ont repéré. Ils m’ont sorti de l’anonymat. Ils ont
identifié mon bateau et ma silhouette en—goncée dans une
veste de quart élimée et raidie’ par le sel.“ Il est bougrement
flattéur pour le Parisien naturalisé morbihannais que je suis,
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