_
_
Bretagne
'
Les sombres desseins
'
de Chateaubriand
On connait l ‘attachement de Chateau—
divers climats. Ces réexions me navraient
briand pour Saint—Malo, où il était né et
à mort, et j 'étais tenté de me laisser tomber
avait passé une partie de son enfance,
dans les ots. »
jouant sur
la plage
avec les gamtns de'son
Dans ce texte non daté, se rapportant à la
age.
sur ZZZŒ dÏ‘
Grand—Be
a
période 1785—1786, on pourra chipoter
souhatte rep oser,_f ace a la mer,
aux grands
Chateaubriand sur la référence au malheu—
espaces, poursuivant
am“) au-dela
de le
reux Abélard (1079-1142), lequel vivait
mort, son dialogue
avec la seule
mmenszte
six cents ans (et non pas huit cents) avant
qu il jugait digne de lui. Dans ses
'
Mémoires d'outre—tombe (livre III,
chap. 14) Chateaubriand évoque les promenades solitaires qu'il eectua, adoles—
'
f
'
âË
,
cent, de Saint—Malo à la pointe de La
'
—
% _'
.
Varde. Il envisagait alors de découvrir
d‘autres horizons, afin de tromper ce « mal
.
de vivre », annonciateur du mouvement
romantique français, en écho aux Souf—
-
frances du jeune Werther de Goethe :
‘
'
__
« L‘homme n‘a pas une seule et même vie ,_
il en a plusieurs, mises bout‘à bout, et c‘est
_
_.
'
:.
'
sa misère. Désormais sans compagnon,
j‘explorai l‘arène qui vit mes châteaux de
,
sable. […] ÿ‘e marchais sur la plage déser—
tée de la mer. Les grèves abandonnées du
.-_
ux m‘oraient l ‘image de ces espaces déso—
‘
lés que les illusions laissent autour de nous
.
‘—îÎ;Ï:
lorsqu‘elles se retirent. Mon compatriote
Abailard regardait comme moi ces ots, il
Les murailles de Saint—Malo
y a huit cents ans, avec le souvenir de 5071
(dessin de Malo Renault, droits réservés).
Héloïse ,' comme moi, il voyait fuir quelque
vaisseau ( ad horizontis undas), et son
lui, et qui sembla plus méditer sur son in—
oreille était bercée ainsi que la mienne de
fortune à Saint-Gildas—de—Ruys qu'à
l‘unisonance des vagues. _7e m‘exposais au
Saint—Malo. Mais surtout, on « frémit » &
brisemen‘t de la mer en me livrant aux
l‘idée que Chateaubriand aurait pu mettre
imaginations funestes que j‘avais apportées
fin à ses jours à la pointe de La Varde,
des bois de Combourg. Un cap nommé
avant de nous avoir donné quelques chefsLavarde [sie] servait de terme à mes
d'œuvre, dont le moindre ne sont pas les
courses : assis sur la pointe du cap, dans les
Mémoires d'outre-tombe. Dieu merci, &
pensées les plus amères, je me s0uvenai que
l‘aube de sa vie d‘adulte, Chateaubriand
ces mêmes rochers servaient à me cacher
avait déjà, n‘en doutons pas, une conscien—
dans mon enfance, à l‘époque des fêtes ; j‘y
ce aiguë du destin exceptionnel qui l‘at—
dévorais mes larmes, et mes camarades
tendait. Il devait le façonner avec autant
_s‘enivraient de joie. je ne me sentais ni
de soinet d'amour qu ‘il se délectait de
plus aimé, ni plus heureux. Bientôt, jÏallais
la contemplation du miroir de ses états
quitter ma patrie pour émietter mes jours en
d‘âme.
. ————————_
leurs cendres reposeraient à jamais
La description de Fréminville évopaisibles.»
'
que irrés-istiblement un tableau
93
Précédent

- 91/333

Suivant