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ÉVOLUTION DES MARGES STABLES
La sismique réexion et certains forages profonds ont montré que le bassin
méditerranéen contient une série salifère d’âge messinien, située à —4000 m
environ sous le zéro actuel. Or, il est établi que cette série s’est formée à l’air
libre, par précipitation des sels dissous dans l’eau de mer soumise à évaporation.
Cela implique que la Méditerranée a été asséchée avant la transgression pliocène,
il y a 5 millions d’années. Si l’on admet que le bassin avait alors à peu près la
forme qui est actuellement la sienne, la régression eut nécessairement pour effet
de soumettre les pentes continentales a une érosion considérable. En raison de
la déclivité relativement forte, des vallées encaissées furent probablement
creusées, puis submergées lors du retour de la mer au Pliocène.
Cette interprétation implique donc une gigantesque régression, abaissant le
niveau de la mer de plusieurs kilomètres, suivie d’une transgression de même
ampleur. De telles variations sont-elle possibles ?
Actuellement, le volume de la Méditerranée est de 4 240 000 km3. Le bilan
entrée-sortie de l’eau de mer à travers le détroit de Gibraltar est de 1 500 km3
par an dans le sens Atlantique vers la mer d’Alboran. L’interruption de cet
apport, qui compense l’évaporation en Méditerranée, provoquerait l’assèchement du bassin en moins de 3 000 ans, ce qui est quasiment instantané à l’échelle
géologique. Or, le détroit de Gibraltar est peu profond (500 rn), et un faible
mouvement tectonique à cet endroit sufrait à couper les communications avec
l’Atlantique. La régression messinienne et l’« inondation » pliocène peuvent
donc être expliquées de cette manière. Quant aux canyons sous—marins actuels,
ce sont probablement des vallées messiniennes creusées à l’air libre sur la pente
continentale, et maintenant submergées.
2° Les vallées dues à l’érosion sous—marine. — A mesure que progressent les
études régionales, il apparaît que presque tous les canyons sous-marins sont des
formes d’érosion situées à l’emplacement ou à proximité de grands accidents
tectoniques. Par exemple, les nombreux et profonds canyons qui s’observent sur
la façade atlantique de la péninsule ibérique (fig. III.lO) prolongent des fractures
et décrochements anciens remobilisés récemment (le gouf de Cap Breton, qui
semble faire exception, est en réalité associé au front de chevauchement nord—
pyrénéen).
——
Sous la mer, comme à l’air libre, l’érosion est facilitée dans les secteurs où
les roches offrent une résistance amoindrie pour des raisons tectoniques ou
lithologiques :
o
les fractures et, d’une manière plus générale, tous les accidents tectoniques,
provoquent localement l’écrasement des terrains, qui sont à cet endroit plus
facilement érodés qu’ailleurs (contrôle structural direct) ;
o
les canyons peuvent être creusés dans des sédiments récents non consolidés, ou bien se former où aleurent des roches anciennes peu résistantes à
l’érosion en raison de leur nature pétrographique. Toute déformation de la
couverture sédimentaire de la marge qui a pour effet de porter à l’aleurement
des couches tendres peut ainsi provoquer l’apparition à ce niveau d’une vallée
sous—marine ( contrôle structural indirect).
—
La plupart des grands canyons sous—marins observés sur les marges
stables évoluées furent creusées au terme de la subsidence principale de ces
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