3.3. Influence des changements climatiques sur la ressource marine vivante algérienne
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Pour comprendre cette distribution, il faudrait revenir aux facteurs régissant la migration
des espèces : la circulation thermohaline de la Méditerranée qui a toujours été le principal
facteur contrôlant les déplacements et la propagation des espèces hors de leur aire connue,
et/ou la température séparant les aires géographiques de répartition des espèces selon leur
thermophilie suivant un gradient sud/nord ( Bianchi, 2007, Ben Rais Lasram, 2008).
Au début des années 1990, la région principale de formation d'eau profonde dans le bassin
oriental a changé et est passée de la mer Adriatique à la mer Egée (Adloff, 2015) impliquant
une augmentation de la densité des eaux profondes orientales. Ces eaux très denses ont donc
remplacé les anciennes eaux profondes du bassin oriental qui, par un effet ascenseur, ont pu
passer dans le bassin occidental mélangées aux eaux levantines intermédiaires (Roether et al.,
1996). Ce phénomène appelé EMT (Eastern Mediterranean Transient) injecte dans le bassin
occidental, via la LIW, des quantités de chaleur et de sel plus importantes (Damien, 2015).Un
phénomène similaire, appelé Western Mediterranean Transient (WMT) et vraisemblablement
provoqué par l'EMT, a été observé dans le bassin ouest méditerranéen, dans les eaux
tyrrhéniennes profondes qui sont devenues anormalement plus chaudes et plus salées durant
les années suivantes, pendant les hivers 2004/2005 et 2005/2006 (Malanotte-Rizzoli, 2013).
Ce changement observé pourrait être à l'origine de cette nouvelle distribution des espèces
(Bianchi, 2007). Avec le réchauffement global des eaux de la Méditerranée, les espèces qui
arrivent via le détroit de Gibraltar semblent entrainées vers l'Est via la circulation particulière
caractéristique du bassin algérien. Une fois arrivées au détroit de Sicile, elles rencontrent des
eaux intermédiaires plus salées et plus chaudes qui remontent vers le nord du bassin
occidental. Ces conditions les aidant, elles s'installent et deviennent de plus en plus
abondantes. L'augmentation du nombre des aires marines protégées ou de moratoire
spécifique, ces vingt dernières années, a favorisé cette tendance (Bodilis et al., 2003).
La progression importante de certaines espèces vers le bassin Est a aussi été signalée
: l'espèce Lesueurigobius sanzi, par exemple, qui a une distribution se limitant à la mer
d'Alboran en Méditerranée a atteint, selon le manuel MEDITS (2016), les îles Baléares, le
nord de l'Espagne, le Golfe du Lion, les îles maltaises et le sud de la Sicile. En Algérie,
l'espèce a été retrouvée à l'ouest et au centre en 2004, à l'ouest en 2012 et de nouveau à l'ouest
et au centre en 2013 (publication en Annexe 9). Il semble que l'espèce progresse vers l'Est
dans différentes parties du bassin de la Méditerranée occidentale et même dans le centre de la
Méditerranée dans les eaux de Malte et du sud de la Sicile, indiquant, ainsi, une extension de
la répartition, qui pourrait être une conséquence du changement climatique global.
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