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cette idée que la probabilité était au cœur de la
théorie quantique et tendait des pièges à Bohr
lorsqu’ils participaient à des congrès
scientifiques. Il préparait des expériences
de pensée qui, croyait­il, démontraient les
lacunes de sa théorie, mais Bohr réfléchissait
généralement au problème pendant une
journée, puis trouvait une solution.
Bohr a dirigé pendant de nombreuses
années l’Institut de physique théorique de
Copenhague, où il faisait des recherches sur
la nature de la théorie quantique. Il y a élaboré
la notion de « complémentarité », selon laquelle
la façon dont les particules quantiques sont
mesurées influence inévitablement les
résultats. En 1931, il a été invité à s’installer
dans la résidence honoraire Carlsberg à
Copenhague. Cette villa, qui appartenait à
Carl Jacobsen, fondateur de la brasserie
Carlsberg, était mise à la disposition de la
personne qui apportait les plus grands
honneurs au Danemark.
Au milieu des années 1930, Bohr a poussé
plus loin le modèle de « goutte liquide » du
noyau atomique imaginé par Carl von
Weizsäcker, lequel traitait les protons, que l’on
venait alors de découvrir, et les neutrons
comme un fluide incompressible. Il a ainsi émis
des prédictions sur l’énergie de liaison du
noyau, prédictions qui allaient être des plus
utiles à l’équipe qui a découvert la fission
nucléaire. Une dizaine d’années plus tard, Bohr,
dont la mère était juive, était menacé dans son
pays occupé par les nazis et a dû s’installer au
Royaume­Uni, puis aux États­Unis.
Si impressionnant qu’ait été le
doctorat de l’Université de Copenhague de
Niels Bohr, la carrière du jeune physicien danois
s’est transformée lorsque, en 1911, il est parti
étudier un an au Royaume­Uni. Il s’est établi à
Cambridge, sous la direction de J. J. Thomson,
qui avait découvert l’électron. Si une première
rencontre avec Thomson, au cours de laquelle
Bohr l’a informé qu’un de ses ouvrages
comportait une erreur, a envenimé leurs
relations, cela n’a pas empêché Ernest
Rutherford de l’inviter peu après à venir
le rejoindre à Manchester. Bohr s’est alors
inspiré de la découverte du noyau atomique
par Rutherford pour élaborer un modèle de
structure de l’atome fondé sur la nouvelle
théorie quantique.
Bohr pouvait sembler lent d’esprit parce
qu’il passait beaucoup de temps à structurer
ses idées avant de les exprimer. Un de ses
collègues, James Franck, l’a décrit ainsi :
« Il avait le visage inexpressif, ses membres
pendaient le long de son corps et l’on ne savait
même pas s’il pouvait voir. Il avait l’air d’un
imbécile. Aucune vie ne s’en dégageait. Puis,
tout à coup, on apercevait une lueur monter
en lui, une étincelle, et il disait : “Maintenant,
je comprends.” »
Bohr a été au cœur du développement de la
théorie quantique, auprès de Schrödinger, de
de Broglie et de Heisenberg. Il a rejeté les
réserves d’Einstein sur la nature de cette
théorie puissante mais mystérieuse qui
explique le comportement des atomes, des
électrons et des photons. Einstein détestait
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