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LE GRAND ROMAN DE LA PHYSIQUE QUANTIQUE
Ârtzte, la Société allemande de physique et de médecine. Il y
arriva bien préparé.
C'était un singulier honneur que d'être sollicité pour
donner pareille conférence. Il était d'ordinaire réservé à un
éminent doyen de la physique, et non à quelqu'un qui venait
d'avoir trente ans et était sur le point de prendre son premier
poste comme professeur extraordinaire. Si quelques membres
de l'auditoire avaient correspondu avec lui, bien peu l'avaient
effectivement rencontré. Tous les regards étaient donc fixés
sur Einstein, mais il semblait ignorer le monde extérieur
tandis qu'il arpentait l'estrade pour donner ce qui deviendrait une conférence célèbre : « Sur le développement de nos
conceptions concernant la nature et la constitution du rayonnement. » Il dit à l'assistance qu'à son avis «le prochain stade
du développement de la physique théorique [leur] apportera[it] une théorie de la lumière qui peut être conçue
comme une sorte de fusion de la théorie ondulatoire et de la
théorie de l'émission 82 >>. Ce n'était pas une simple intuition:
elle était fondée sur le résultat d'une expérience imaginaire
inspirée mettant enjeu un miroir suspendu à l'intérieur d'un
corps noir. Einstein réussit à dériver une équation pour les
fluctuations de l'énergie et de la quantité de mouvement du
rayonnement, qui contenait deux parties distinctes. L'une
correspondait à la théorie ondulatoire de la lumière, l'autre
laissait clairement entendre que le rayonnement était composé
de quanta. Les deux parties semblaient indispensables, comme
les deux théories de la lumière. Ce fut la première prédiction
de ce qu'on appellerait plus tard la dualité onde-particule, le
fait que la lumière était à la fois une particule et une onde.
Planck, qui présidait la séance, fut le premier à s'exprimer
après qu'Einstein eut terminé. Ille remercia pour son exposé
puis dit devant tout le monde qu'il n'était pas d'accord. Il
réitéra sa conviction fermement ancrée que les quanta
n'étaient indispensables que dans l'échange entre la matière
et le rayonnement. Croire comme Einstein que la lumière
était réellement composée de quanta, dit Planck, «n'était pas
encore nécessaire >>.
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