LE FORÇAT DES BREVETS
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lières en mathématiques et en physique. Elle parut le
vendredi 5 février ; Einstein y offrait une première leçon
gratuite, à titre d'essai. En l'espace de quelques jours, cet
investissement se révéla payant. L'un des élèves décrivit pour
la postérité son nouveau professeur : « Cinq pieds dix pouces
environ, large d'épaules, légèrement voûté, la peau brun
pâle, la bouche sensuelle, une moustache noire, un nez légèrement aquilin, des yeux bruns rayonnants, une voix
agréable; il parle français correctement, mais avec un léger
accentg 8 • »
Un jeune Juif roumain, Maurice Solovine, tomba sur
l'annonce en lisant son journal tandis qu'il marchait dans la
rue. Solovine, étudiant en philosophie à l'université de Berne,
s'intéressait aussi à la physique. Frustré qu'une carence en
mathématiques l'empêche d'avoir une compréhension plus
profonde de la physique, il se rendit immédiatement à
l'adresse indiquée dans le journal. Lorsqu'il sonna à la porte,
Einstein venait de trouver un frère en esprit. Professeur et
élève conversèrent pendant deux heures et se découvrirent
beaucoup de préoccupations communes. Après avoir passé
encore une demi-heure à bavarder dans la rue avant de
convenir de se revoir le lendemain. Ce jour-là, la perspective
d'une leçon structurée s'évanouit complètement au milieu
d'une passion partagée pour l'exploration des idées. «En fait,
vous n'avez pas besoin de leçons de physique 39 », dit Einstein
à Solovine le troisième jour. Ce que Solovine appréciait chez
Einstein, lorsqu'ils devinrent rapidement amis, c'était le soin
qu'il prenait à définir un sujet ou un problème avec le
maximum de lucidité.
Solovine ne tarda pas à suggérer qu'ils lisent un ouvrage
particulier et ensuite en débattent. Einstein, qui avait fait de
même avec Max Talmud à Munich quand il était écolier,
trouva l'idée excellente. Conrad Habicht se joignit bientôt à
eux. Habicht, collègue d'Einstein lors de sa brève affectation
à l'internat de Schaffhouse, s'était installé à Berne pour
achever une thèse de mathématiques à l'université. Unis par
leur enthousiasme pour l'étude et l'élucidation des problèmes
physiques et philosophiques, les trois amis surnommèrent
leur trio l'« Académie Olympia».
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