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LE GRAND ROMAN DE LA PHYSIQUE QUANTIQUE
ques qui conviennent à la description de nos expériences 43 • ~>
Au lieu de réagir à l'analyse d'Einstein, Bohr se contentait
carrément de répéter ses propres conceptions. Le grand
maître danois des échecs quantiques relaterait plus tard, dans
un article écrit en 1949 pour fêter le soixante-dixième anniversaire de son adversaire, la réponse qu'il donna ce soir-là, le
dernier jour du congrès de 1927 44 •
D'après Bohr, l'analyse faite par Einstein de son expérience
imaginaire supposait tacitement que l'écran et la plaque photographique avaient l'un comme l'autre une position bien
définie dans l'espace et dans le temps. Toutefois, soutenait
Bohr, cela impliquait que l'un comme l'autre aient une masse
infinie, car c'est uniquement dans ce cas qu'il n'y aurait
aucune incertitude sur la position de l'électron ou sur l'instant
où il émergerait de la fente. Par conséquent, la quantité de
mouvement et l'énergie exactes de l'électron sont inconnues.
C'était le seul scénario possible, affirmait Bohr, étant donné
que le principe d'incertitude implique que plus la position de
l'électron est connue avec précision, plus la mesure concurrente de sa quantité de mouvement doit être imprécise.
L'écran infiniment lourd de l'expérience imaginaire d'Einstein
ne laissait pas de place à l'incertitude dans la localisation
spatio-temporelle de l'électron au niveau de la fente. Toutefois,
pareille précision avait son prix : la quantité de mouvement et
l'énergie de l'électron étaient complètement indéterminées.
Il était plus réaliste, suggéra Bohr, de supposer que la
masse de l'écran n'était pas infinie. Il serait quand même
beaucoup plus lourd, mais il bougerait lorsque l'électron
passerait par la fente. Alors que pareil mouvement serait trop
petit pour être détectable en laboratoire, sa mesure ne
présentait aucun problème dans l'univers abstrait de l'expérience imaginaire évidemment pourvue d'instruments de
mesure capables d'une précision parfaite. Comme l'écran
bouge, la position de l'électron dans l'espace et dans le temps
est incertaine pendant le processus de diffraction, ce qui
entraîne une incertitude correspondante tant dans sa quantité de mouvement que dans son énergie. Toutefois, par
rapport au cas de l'écran infiniment massif, cela conduirait à
une prédiction améliorée de l'endroit où l'électron diffracté
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