« UN SURSAUT ÉROTIQUE TARDIF »
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En janvier 1914, Schrôdinger, à vingt-six ans, devint Privatdozent à l'université de Vienne. À l'époque, en Autriche
comme partout ailleurs, il y avait peu de perspectives de
postes en physique théorique. La route menant à la chaire de
professeur qu'il convoitait lui semblait longue et difficile. Il
caressa donc l'idée d'abandonner la physique. Ensuite, en
août de la même année, la Première Guerre mondiale éclata
et il fut appelé au service militaire actif. La chance lui sourit
dès le début. En tant qu'officier d'artillerie, on l'envoya
défendre une position fortifiée gardant un col de haute
montagne sur le front italien. Le seul vrai danger qu'il ait
affronté durant ses diverses affectations fut l'ennui. C'est alors
qu'il commença à recevoir des livres de philosophie et des
revues scientifiques qui mirent un peu de piment dans sa
morne existence. «C'est ça, la vie: dormir, manger et jouer
aux cartes 5 ? Ȏcrivait-il dans son journal avant qu'arrivent les
premiers colis. Seules la philosophie et la physique l'empêchèrent de sombrer dans le désespoir: «Je ne demande plus
quand la guerre finira, mais si elle finira tout court 6 • »
À son grand soulagement, Schrôdinger fut muté à Vienne
au printemps 1917. Il passa le reste de l'année à enseigner la
physique à l'université et la météorologie dans une école
pour officiers de la défense antiaérienne. Schrôdinger
termina la guerre, comme il l'écrivit plus tard, «sans être
blessé ni malade, et sans grande distinction 7 », Comme pour
la plupart de ses contemporains, les premières années de
l'après-guerre furent difficiles pour Schrôdinger et ses
parents. L'entreprise familiale fut acculée à la fermeture.
L'empire des Habsbourg s'effondra et la situation s'aggrava
lorsque les Alliés victorieux maintinrent un blocus qui affama
la population. Des milliers de gens moururent de faim et de
froid pendant l'hiver 1918-1919 à Vienne, et les Schrôdinger,
n'ayant guère de quoi acheter de la nourriture au marché
noir, étaient souvent obligés de manger à la soupe populaire
du quartier. Au début de 1920, le salut se présenta à
Schrôdinger sous la forme d'une offre de poste à l'université
d'Iéna. Le salaire était juste suffisant pour lui permettre
d'épouser Annemarie Bertel, vingt-trois ans.
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En janvier 1914, Schrôdinger, à vingt-six ans, devint Privatdozent à l'université de Vienne. À l'époque, en Autriche
comme partout ailleurs, il y avait peu de perspectives de
postes en physique théorique. La route menant à la chaire de
professeur qu'il convoitait lui semblait longue et difficile. Il
caressa donc l'idée d'abandonner la physique. Ensuite, en
août de la même année, la Première Guerre mondiale éclata
et il fut appelé au service militaire actif. La chance lui sourit
dès le début. En tant qu'officier d'artillerie, on l'envoya
défendre une position fortifiée gardant un col de haute
montagne sur le front italien. Le seul vrai danger qu'il ait
affronté durant ses diverses affectations fut l'ennui. C'est alors
qu'il commença à recevoir des livres de philosophie et des
revues scientifiques qui mirent un peu de piment dans sa
morne existence. «C'est ça, la vie: dormir, manger et jouer
aux cartes 5 ? Ȏcrivait-il dans son journal avant qu'arrivent les
premiers colis. Seules la philosophie et la physique l'empêchèrent de sombrer dans le désespoir: «Je ne demande plus
quand la guerre finira, mais si elle finira tout court 6 • »
À son grand soulagement, Schrôdinger fut muté à Vienne
au printemps 1917. Il passa le reste de l'année à enseigner la
physique à l'université et la météorologie dans une école
pour officiers de la défense antiaérienne. Schrôdinger
termina la guerre, comme il l'écrivit plus tard, «sans être
blessé ni malade, et sans grande distinction 7 », Comme pour
la plupart de ses contemporains, les premières années de
l'après-guerre furent difficiles pour Schrôdinger et ses
parents. L'entreprise familiale fut acculée à la fermeture.
L'empire des Habsbourg s'effondra et la situation s'aggrava
lorsque les Alliés victorieux maintinrent un blocus qui affama
la population. Des milliers de gens moururent de faim et de
froid pendant l'hiver 1918-1919 à Vienne, et les Schrôdinger,
n'ayant guère de quoi acheter de la nourriture au marché
noir, étaient souvent obligés de manger à la soupe populaire
du quartier. Au début de 1920, le salut se présenta à
Schrôdinger sous la forme d'une offre de poste à l'université
d'Iéna. Le salaire était juste suffisant pour lui permettre
d'épouser Annemarie Bertel, vingt-trois ans.
