L'ATOME QUANTIQUE
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atomique à n'importe quelle distance donnée. Un électron,
affirmait-il, ne pouvait occuper que certaines orbites particu·
lières, les « états stationnaires », parmi toutes les orbites possi·
bles qu'autorisait la physique classique.
C'était une condition que Bohr avait parfaitement le droit
d'imposer en tant que théoricien essayant de construire un
modèle d'atome viable et fonctionnel. C'était une proposition
radicale, et, pour l'instant, il ne disposait que d'un raisonnement circulaire peu convaincant qui contredisait la physique
établie - les électrons occupaient des orbites particulières
dans lesquelles ils ne rayonnaient pas d'énergie; les électrons
ne rayonnaient pas d'énergie parce qu'ils occupaient des
orbites particulières. À moins qu'il ne puisse proposer une
vraie explication physique pour ses états stationnaires - les
orbites licites des électrons -, ils seraient rejetés comme rien
de plus qu'un échafaudage théorique érigé pour retenir une
structure atomique discréditée.
«J'espère pouvoir terminer l'article dans quelques
semaines 15 », écrivit Bohr à Rutherford début juillet. Sentant
confusément l'anxiété croissante de Bohr, Rutherford lui
répondit par retour du courrier: «je ne crois pas que vous
ayez besoin de vous sentir obligé de publier précipitamment
votre deuxième article sur la constitution de l'atome, car
j'estime qu'il y a très peu de chances que quelqu'un soit en
train de travailler sur ce sujet 16 • » Bohr n'était pas convaincu et
les semaines passèrent sans succès. Si d'autres n'étaient pas
déjà activement occupés à essayer de résoudre le mystère de
l'atome, alors ce n'était qu'une question de temps. En
décembre, désespérant de faire une percée, il demanda à
Knudsen un congé sabbatique de quelques mois, qui lui fut
accordé. Avec Margrethe, Bohr trouva une maison à la
campagne dans un endroit retiré, puis entreprit de chercher
de nouveaux indices dans son enquête sur l'atome. Il en trouva
bientôt un, juste avant Noël, dans les travaux de John
Nicholson. Au début, il craignit le pire, mais il se rendit
compte bientôt que ce n'était pas le concurrent qu'il redoutait.
Nicholson, qu'il avait rencontré pendant son séjour avorté
à Cambridge, ne l'avait pas excessivement impressionné.
Toutefois, le chercheur anglais, qui, à trente et un ans, n'avait
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atomique à n'importe quelle distance donnée. Un électron,
affirmait-il, ne pouvait occuper que certaines orbites particu·
lières, les « états stationnaires », parmi toutes les orbites possi·
bles qu'autorisait la physique classique.
C'était une condition que Bohr avait parfaitement le droit
d'imposer en tant que théoricien essayant de construire un
modèle d'atome viable et fonctionnel. C'était une proposition
radicale, et, pour l'instant, il ne disposait que d'un raisonnement circulaire peu convaincant qui contredisait la physique
établie - les électrons occupaient des orbites particulières
dans lesquelles ils ne rayonnaient pas d'énergie; les électrons
ne rayonnaient pas d'énergie parce qu'ils occupaient des
orbites particulières. À moins qu'il ne puisse proposer une
vraie explication physique pour ses états stationnaires - les
orbites licites des électrons -, ils seraient rejetés comme rien
de plus qu'un échafaudage théorique érigé pour retenir une
structure atomique discréditée.
«J'espère pouvoir terminer l'article dans quelques
semaines 15 », écrivit Bohr à Rutherford début juillet. Sentant
confusément l'anxiété croissante de Bohr, Rutherford lui
répondit par retour du courrier: «je ne crois pas que vous
ayez besoin de vous sentir obligé de publier précipitamment
votre deuxième article sur la constitution de l'atome, car
j'estime qu'il y a très peu de chances que quelqu'un soit en
train de travailler sur ce sujet 16 • » Bohr n'était pas convaincu et
les semaines passèrent sans succès. Si d'autres n'étaient pas
déjà activement occupés à essayer de résoudre le mystère de
l'atome, alors ce n'était qu'une question de temps. En
décembre, désespérant de faire une percée, il demanda à
Knudsen un congé sabbatique de quelques mois, qui lui fut
accordé. Avec Margrethe, Bohr trouva une maison à la
campagne dans un endroit retiré, puis entreprit de chercher
de nouveaux indices dans son enquête sur l'atome. Il en trouva
bientôt un, juste avant Noël, dans les travaux de John
Nicholson. Au début, il craignit le pire, mais il se rendit
compte bientôt que ce n'était pas le concurrent qu'il redoutait.
Nicholson, qu'il avait rencontré pendant son séjour avorté
à Cambridge, ne l'avait pas excessivement impressionné.
Toutefois, le chercheur anglais, qui, à trente et un ans, n'avait
