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1 • Comprendre et maîtriser les effets dynamiques de l’électricité
chasser l’objet de sa position d’équilibre). Certes, contrairement à l’approche scientifique moderne, ces idées ne sauraient être découplées de la pensée métaphysique qui
les sous-tend. Cependant, le rôle fondamental qu’Aristote confie à l’espace n’est pas
sans rappeler le point de vue qu’adoptera plus tard la relativité générale. Cette démarche de compréhension « globale » des phénomènes résulte d’une longue tradition
à laquelle les philosophes de l’école ionienne (dont Thalès) ont largement contribué, à
travers la quête d’une « matière fondamentale » expliquant la nature du monde (et de
la vie). Développant la thèse selon laquelle cette matière correspond en fait à quatre
« éléments », Empédocle introduit dès le V
e siècle le concept de force (attractive
ou répulsive) en tant que cause du mouvement. Pour ce dernier, l’essence des forces
électriques et magnétiques tient précisément à la fraction infime de substance que
libèrent les corps en interaction et aux actions de contact qui en résultent. On retrouvera cette notion d’effluve chez Gilbert deux mille ans plus tard. Soulignons que la
vision d’Aristote est incompatible avec l’hypothèse d’un espace vide tel que l’espace
de la géométrie euclidienne, qualitativement non-différencié et non hiérarchisé. Pour
lui, la géométrie est indissociable de la matière. Aussi, la notion d’action à distance
représente-t-elle un artifice inconcevable dans la physique aristotélicienne
(1) .
Conformément à ce point de vue, Descartes (1596-1650) élabore la première théorie générale des milieux continus. Il postule que toutes les actions physiques résultent de chocs ou de pressions exercés entre des corpuscules incompressibles qui
emplissent l’espace. Si cette théorie n’est pas à proprement parler une théorie des
champs, en ce sens que les propriétés de l’espace ne sauraient être distinguées de
celles de la « matière » qu’il abrite, elle constitue le point de départ des travaux de
Leonhard Euler (1707-1783) et de Daniel Bernoulli (1700-1782) qui établiront, un
siècle plus tard la théorie mathématique des milieux déformables, fluides ou solides
élastiques.
C’est alors que Newton introduit sa théorie de la gravitation, s’affranchissant alors
de tout espace intermédiaire ou éther présupposé visant à « supporter » l’interaction
qui s’exerce entre les masses. Telle que sa théorie est présentée en 1687, la gravitation
est une interaction à distance, s’établissant de manière instantanée, et susceptible de
s’exercer entre des corps éventuellement placés dans le vide. Cette théorie apparaît
dès lors comme l’antithèse d’une théorie des champs. Un espace caractérisé par des
propriétés physiques ne peut être « vide » stricto sensu. En outre, si l’interaction entre
deux objets éloignés s’explique par la modification des propriétés locales du champ
qui leur est associé, le temps d’établissement de ces propriétés est nécessairement
non nul, ce qui exclut l’idée d’une action à distance instantanée. Pourtant, bien que
longtemps réfuté par l’esprit cartésien, ce concept constituera la clef du développement rapide que vont subir conjointement l’électricité et le magnétisme. Ainsi, les
(1) De même, cette notion était incompatible avec le point de vue « atomique » développé parallèlement
à la thèse d’Empédocle, conformément aux idées de Leucippe, Démocrite et Epicure. Ce point de vue sera
finalement repoussé par Platon, puis Aristote, au profit de la théorie des « éléments ». Aristote rajoutera un
cinquième élément, l’éther.
1 • Comprendre et maîtriser les effets dynamiques de l’électricité
chasser l’objet de sa position d’équilibre). Certes, contrairement à l’approche scientifique moderne, ces idées ne sauraient être découplées de la pensée métaphysique qui
les sous-tend. Cependant, le rôle fondamental qu’Aristote confie à l’espace n’est pas
sans rappeler le point de vue qu’adoptera plus tard la relativité générale. Cette démarche de compréhension « globale » des phénomènes résulte d’une longue tradition
à laquelle les philosophes de l’école ionienne (dont Thalès) ont largement contribué, à
travers la quête d’une « matière fondamentale » expliquant la nature du monde (et de
la vie). Développant la thèse selon laquelle cette matière correspond en fait à quatre
« éléments », Empédocle introduit dès le V
e siècle le concept de force (attractive
ou répulsive) en tant que cause du mouvement. Pour ce dernier, l’essence des forces
électriques et magnétiques tient précisément à la fraction infime de substance que
libèrent les corps en interaction et aux actions de contact qui en résultent. On retrouvera cette notion d’effluve chez Gilbert deux mille ans plus tard. Soulignons que la
vision d’Aristote est incompatible avec l’hypothèse d’un espace vide tel que l’espace
de la géométrie euclidienne, qualitativement non-différencié et non hiérarchisé. Pour
lui, la géométrie est indissociable de la matière. Aussi, la notion d’action à distance
représente-t-elle un artifice inconcevable dans la physique aristotélicienne
(1) .
Conformément à ce point de vue, Descartes (1596-1650) élabore la première théorie générale des milieux continus. Il postule que toutes les actions physiques résultent de chocs ou de pressions exercés entre des corpuscules incompressibles qui
emplissent l’espace. Si cette théorie n’est pas à proprement parler une théorie des
champs, en ce sens que les propriétés de l’espace ne sauraient être distinguées de
celles de la « matière » qu’il abrite, elle constitue le point de départ des travaux de
Leonhard Euler (1707-1783) et de Daniel Bernoulli (1700-1782) qui établiront, un
siècle plus tard la théorie mathématique des milieux déformables, fluides ou solides
élastiques.
C’est alors que Newton introduit sa théorie de la gravitation, s’affranchissant alors
de tout espace intermédiaire ou éther présupposé visant à « supporter » l’interaction
qui s’exerce entre les masses. Telle que sa théorie est présentée en 1687, la gravitation
est une interaction à distance, s’établissant de manière instantanée, et susceptible de
s’exercer entre des corps éventuellement placés dans le vide. Cette théorie apparaît
dès lors comme l’antithèse d’une théorie des champs. Un espace caractérisé par des
propriétés physiques ne peut être « vide » stricto sensu. En outre, si l’interaction entre
deux objets éloignés s’explique par la modification des propriétés locales du champ
qui leur est associé, le temps d’établissement de ces propriétés est nécessairement
non nul, ce qui exclut l’idée d’une action à distance instantanée. Pourtant, bien que
longtemps réfuté par l’esprit cartésien, ce concept constituera la clef du développement rapide que vont subir conjointement l’électricité et le magnétisme. Ainsi, les
(1) De même, cette notion était incompatible avec le point de vue « atomique » développé parallèlement
à la thèse d’Empédocle, conformément aux idées de Leucippe, Démocrite et Epicure. Ce point de vue sera
finalement repoussé par Platon, puis Aristote, au profit de la théorie des « éléments ». Aristote rajoutera un
cinquième élément, l’éther.
