“paleoclimatique_t2” — 2013/10/24 — 11:38 — page 308 — #331
i
i
i
i
i
i
i
i
308
Paléoclimatologie
continentale, sont synchronisées car elles proviennent de la même carotte de
sédiments. Ainsi, en cherchant les associations polliniques apparaissant au
même moment que les niveaux détritiques, on peut reconstruire la végétation
pendant les événements de Heinrich. Plus généralement, on peut étudier le
lien entre les conditions océaniques et la végétation, comme cela a été fait
pour l’Atlantique de l’Est, la Méditerranée et l’Ouest de l’Europe (SánchezGoñi et al., 2002 [26] ; Combourieu Nebout et al., 2002 [4], cf. Fig. 8.2). La
question se pose alors de comprendre ces relations. En effet, le climat dans
une région telle que l’Europe de l’Ouest dépend non seulement des conditions
de surface océanique en Atlantique du Nord-Est ou de la Méditerranée, mais
aussi de conditions marines ou continentales beaucoup plus éloignées, qui ont
un impact sur les circulations atmosphérique et océanique.
Continuons avec l’exemple de l’impact d’un événement de Heinrich sur le
climat et la végétation de l’Europe de l’Ouest. Nous avons vu que la signature
d’un tel événement en termes de température de surface océanique consistait,
au premier ordre, en une anomalie froide, de plusieurs degrés Celsius, aux
moyennes latitudes de l’Atlantique Nord. Nous savons d’autre part qu’à ces
latitudes, la circulation atmosphérique consiste, en moyenne, en des vents
d’ouest. Un mécanisme simple de transmission du signal océanique serait
son advection, c’est-à-dire son transport, par la circulation atmosphérique
moyenne, vers les continents « sous le vent », dans notre cas, l’Europe de
l’Ouest. Il est cependant difficile d’estimer jusqu’où le signal peut se propager. Ce signal initial peut, par ailleurs, être renforcé ou contrecarré par des
rétroactions positives ou négatives, liées par exemple à la couverture de neige
ou aux nuages (chapitre 1, tome 1). Par ailleurs, que peut-on dire a priori
des changements de précipitation associés à un événement froid en Atlantique
Nord ? Deux processus sont ici à prendre en compte. Une première contrainte
est qu’une atmosphère plus froide contient moins de vapeur d’eau (relation
de Clausius-Clapeyron). Elle est alors moins propice à la formation de précipitation. Deuxièmement, aux moyennes latitudes, sur les océans et l’ouest
des continents, une grande partie des précipitations a pour origine les dépressions se formant sur les océans et qui sont poussées vers les côtes ouest des
continents par les vents moyens. Ces perturbations sont le résultat d’instabilités atmosphériques liées au gradient méridien de température. En termes
simples, plus ce gradient est fort aux moyennes latitudes, plus les perturbations seront importantes. Un déplacement des zones de plus fort gradient est
important, car il entraîne avec lui un déplacement des zones de précipitations.
Une anomalie négative des températures de surface de l’océan aux moyennes
latitudes de l’Atlantique Nord implique un déplacement de la zone de fort gradient méridien de température de surface des océans vers le sud. Ceci devrait
favoriser une migration vers le sud de la ceinture de vents dominants et des
précipitations associées aux dépressions météorologiques. Si les dépressions
sont renforcées, cela peut compenser l’influence directe de la température
sur les précipitations. On voit ainsi que pour interpréter un enregistrement
i
i
i
i
i
i
i
i
308
Paléoclimatologie
continentale, sont synchronisées car elles proviennent de la même carotte de
sédiments. Ainsi, en cherchant les associations polliniques apparaissant au
même moment que les niveaux détritiques, on peut reconstruire la végétation
pendant les événements de Heinrich. Plus généralement, on peut étudier le
lien entre les conditions océaniques et la végétation, comme cela a été fait
pour l’Atlantique de l’Est, la Méditerranée et l’Ouest de l’Europe (SánchezGoñi et al., 2002 [26] ; Combourieu Nebout et al., 2002 [4], cf. Fig. 8.2). La
question se pose alors de comprendre ces relations. En effet, le climat dans
une région telle que l’Europe de l’Ouest dépend non seulement des conditions
de surface océanique en Atlantique du Nord-Est ou de la Méditerranée, mais
aussi de conditions marines ou continentales beaucoup plus éloignées, qui ont
un impact sur les circulations atmosphérique et océanique.
Continuons avec l’exemple de l’impact d’un événement de Heinrich sur le
climat et la végétation de l’Europe de l’Ouest. Nous avons vu que la signature
d’un tel événement en termes de température de surface océanique consistait,
au premier ordre, en une anomalie froide, de plusieurs degrés Celsius, aux
moyennes latitudes de l’Atlantique Nord. Nous savons d’autre part qu’à ces
latitudes, la circulation atmosphérique consiste, en moyenne, en des vents
d’ouest. Un mécanisme simple de transmission du signal océanique serait
son advection, c’est-à-dire son transport, par la circulation atmosphérique
moyenne, vers les continents « sous le vent », dans notre cas, l’Europe de
l’Ouest. Il est cependant difficile d’estimer jusqu’où le signal peut se propager. Ce signal initial peut, par ailleurs, être renforcé ou contrecarré par des
rétroactions positives ou négatives, liées par exemple à la couverture de neige
ou aux nuages (chapitre 1, tome 1). Par ailleurs, que peut-on dire a priori
des changements de précipitation associés à un événement froid en Atlantique
Nord ? Deux processus sont ici à prendre en compte. Une première contrainte
est qu’une atmosphère plus froide contient moins de vapeur d’eau (relation
de Clausius-Clapeyron). Elle est alors moins propice à la formation de précipitation. Deuxièmement, aux moyennes latitudes, sur les océans et l’ouest
des continents, une grande partie des précipitations a pour origine les dépressions se formant sur les océans et qui sont poussées vers les côtes ouest des
continents par les vents moyens. Ces perturbations sont le résultat d’instabilités atmosphériques liées au gradient méridien de température. En termes
simples, plus ce gradient est fort aux moyennes latitudes, plus les perturbations seront importantes. Un déplacement des zones de plus fort gradient est
important, car il entraîne avec lui un déplacement des zones de précipitations.
Une anomalie négative des températures de surface de l’océan aux moyennes
latitudes de l’Atlantique Nord implique un déplacement de la zone de fort gradient méridien de température de surface des océans vers le sud. Ceci devrait
favoriser une migration vers le sud de la ceinture de vents dominants et des
précipitations associées aux dépressions météorologiques. Si les dépressions
sont renforcées, cela peut compenser l’influence directe de la température
sur les précipitations. On voit ainsi que pour interpréter un enregistrement
