“paleoclimatique_t2” — 2013/10/24 — 11:38 — page 258 — #281
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Paléoclimatologie
puissante création succéda le silence de la mort. Les sources tarirent, les fleuves cessèrent de couler, et les rayons du soleil, en
se levant sur cette plage glacée (si toutefois ils arrivaient jusqu’à
elle), n’y étaient salués que par les sifflemens des vents du Nord
et par le tonnerre des crevasses qui s’ouvraient à la surface de ce
vaste océan de glace. »
(L. Agassiz, Études sur les glaciers, 1840)
Pour les géologues de cette époque, les changements climatiques étaient
avant tout liés aux changements de la topographie. En effet, si la dérive des
continents n’était pas encore d’actualité, les savants tentaient alors d’expliquer leurs observations de terrain à l’aide de mouvements verticaux des continents : soulèvement des montagnes, érosion, changement du niveau marin. . .
Sous l’influence de Charles Lyell, ces changements sont devenus avant tout
lents et progressifs. Le catastrophisme s’effaça au profit d’un gradualisme, qui
suppose que les modifications de la surface terrestre obéissent aux lois physiques aujourd’hui mises en œuvre, mais appliquées sur des durées immenses.
Ce nouveau point de vue s’opposait à toute influence externe (en particulier
divine), ce qui explique sans doute largement la réticence des géologues face
aux premières théories astronomiques des glaciations :
« But though I am inclined to profit by Croll’s maximum excentricity for the glacial period, I consider it quite subordinate to geographical causes or the relative position of land and sea and abnormal
excess of land in polar regions. »
(C. Lyell to C. Darwin, 1866)
L’idée que le climat découle avant tout de la géographie et de la topographie est bien entendue fondée. Il suffit de regarder l’étymologie du mot climat
(κλιμα = inclinaison, i.e. hauteur du Soleil au-dessus de l’horizon, c’est-à-dire
la latitude du lieu) ou de chercher « climatologie » dans un organigramme universitaire pour se convaincre que cette idée est toujours valide. Néanmoins,
les principes physiques sous-jacents au fonctionnement du système climatique
sont eux aussi mis à jour au xix
e siècle, avec notamment Joseph Fourier qui
établit les lois de la diffusion de la chaleur, explique comment celle-ci est redistribuée par les fluides superficiels que sont l’atmosphère et l’océan, et discute
également du rôle essentiel de l’effet de serre :
« La température peut être augmentée par l’interposition de l’atmosphère, parce que la chaleur trouve moins d’obstacle pour pénétrer
l’air, étant à l’état de lumière, qu’elle n’en trouve pour repasser
dans l’air lorsqu’elle est convertie en chaleur obscure. »
(J. Fourier, 1824)
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Paléoclimatologie
puissante création succéda le silence de la mort. Les sources tarirent, les fleuves cessèrent de couler, et les rayons du soleil, en
se levant sur cette plage glacée (si toutefois ils arrivaient jusqu’à
elle), n’y étaient salués que par les sifflemens des vents du Nord
et par le tonnerre des crevasses qui s’ouvraient à la surface de ce
vaste océan de glace. »
(L. Agassiz, Études sur les glaciers, 1840)
Pour les géologues de cette époque, les changements climatiques étaient
avant tout liés aux changements de la topographie. En effet, si la dérive des
continents n’était pas encore d’actualité, les savants tentaient alors d’expliquer leurs observations de terrain à l’aide de mouvements verticaux des continents : soulèvement des montagnes, érosion, changement du niveau marin. . .
Sous l’influence de Charles Lyell, ces changements sont devenus avant tout
lents et progressifs. Le catastrophisme s’effaça au profit d’un gradualisme, qui
suppose que les modifications de la surface terrestre obéissent aux lois physiques aujourd’hui mises en œuvre, mais appliquées sur des durées immenses.
Ce nouveau point de vue s’opposait à toute influence externe (en particulier
divine), ce qui explique sans doute largement la réticence des géologues face
aux premières théories astronomiques des glaciations :
« But though I am inclined to profit by Croll’s maximum excentricity for the glacial period, I consider it quite subordinate to geographical causes or the relative position of land and sea and abnormal
excess of land in polar regions. »
(C. Lyell to C. Darwin, 1866)
L’idée que le climat découle avant tout de la géographie et de la topographie est bien entendue fondée. Il suffit de regarder l’étymologie du mot climat
(κλιμα = inclinaison, i.e. hauteur du Soleil au-dessus de l’horizon, c’est-à-dire
la latitude du lieu) ou de chercher « climatologie » dans un organigramme universitaire pour se convaincre que cette idée est toujours valide. Néanmoins,
les principes physiques sous-jacents au fonctionnement du système climatique
sont eux aussi mis à jour au xix
e siècle, avec notamment Joseph Fourier qui
établit les lois de la diffusion de la chaleur, explique comment celle-ci est redistribuée par les fluides superficiels que sont l’atmosphère et l’océan, et discute
également du rôle essentiel de l’effet de serre :
« La température peut être augmentée par l’interposition de l’atmosphère, parce que la chaleur trouve moins d’obstacle pour pénétrer
l’air, étant à l’état de lumière, qu’elle n’en trouve pour repasser
dans l’air lorsqu’elle est convertie en chaleur obscure. »
(J. Fourier, 1824)
