“paleoclimatique_t2” — 2013/10/24 — 11:38 — page 128 — #151
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Paléoclimatologie
paléogéographie de l’Asie du Sud-Est (avec pour conséquence la fermeture du
passage indonésien). Sur ces grandes failles décrochantes, individualisant les
blocs, se connectent de petites failles inverses parallèles les unes aux autres.
Les reliefs qui y sont associés isolent de petits bassins sédimentaires endoréiques qui se remplissent progressivement des produits de démantèlement de
la chaîne « comme une baignoire ». La surrection du plateau tibétain se déroule ainsi par paliers successifs depuis 50 Ma. La partie sud du plateau du
Tibet s’est soulevée à l’Éocène, la partie centrale à l’Oligocène-Miocène, la
partie nord-est est en train de se soulever.
Les premiers travaux d’évaluation à l’aide d’un modèle climatique, de l’impact de cette surrection reposent sur des études de sensibilité à la hauteur du
plateau (Tibet bas, Tibet à mi-hauteur, Tibet actuel) sans que soit différenciée l’orogenèse Himalayenne de celle du Tibet, ni pris en compte les autres
changements paléogéographiques (Ruddiman et al., 1997). Ces travaux soulignent le rôle crucial de la surrection du plateau tibétain sur la circulation
atmosphérique et le climat. La surrection du plateau tibétain mais également,
et dans une moindre mesure, de la Cordillière Nord-Américaine affectent la
circulation atmosphérique des moyennes latitudes en amplifiant et stabilisant
les ondes planétaires, avec pour conséquence des changements climatiques significatifs. L’Asie centrale (conséquence de la surrection du plateau tibétain)
et les grandes plaines de l’Amérique du Nord (conséquence de la surrection de
la Cordillière Nord-Américaine) connaissent un climat beaucoup plus aride, ce
que confirment les paléoindicateurs climatiques. Mais les changements ne se
limitent pas à l’atmosphère. Rind et al. (1997) ont montré à l’aide d’un modèle
de circulation générale couplée océan-atmosphère (AOGCM) que ces surrections induisaient une hausse des températures (∼2
◦ C) de surface de l’océan
dans l’Atlantique Nord (mer de Norvège), du transport de chaleur dans les
hautes latitudes (paramètre crucial pour comprendre les changements climatiques aux hautes latitudes et potentiellement l’englacement du Groenland)
et une réduction de l’ordre de 10 % de la production d’eau profonde en mer
de Norvège (liée à la diminution de la densité de la masse d’eau, conséquence
du réchauffement de l’océan Atlantique Nord). Récemment, il a été montré
à l’aide d’un AOGCM que la surrection de la Cordillière Nord-Américaine
ne permettait pas des changements climatiques suffisamment drastiques pour
entraîner l’englacement du Groenland, alors qu’une baisse de la pression partielle de CO 2 le permet.
Revenons à la surrection du plateau du Tibet. Celle-ci a également eu
pour effet d’altérer le bilan radiatif. En effet, la surrection favorise la présence
d’une couverture neigeuse sur le plateau en hiver. L’albédo élevé de la neige
réduit l’énergie solaire incidente absorbée par la surface et donc induit un
refroidissement. Autre conséquence, à l’aplomb d’un haut plateau comme le
Tibet (∼5 000 m d’altitude), la masse d’une colonne atmosphérique est divisée
par deux par rapport au niveau de la mer. Il est donc beaucoup plus facile
de chauffer cette colonne atmosphérique par le flux de chaleur sensible. Le
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