“reuss” — 2007/1/9 — 17:32 — page 149 — #163
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Le témoignage d’un acteur qui
poursuivra cette histoire
Nucléaire et recherche académique
Un regard sur l’avenir
Sylvain David
1
Paul Reuss m’a fait le grand honneur de me demander quelques lignes sur l’implication
de la physique nucléaire « fondamentale » dans la problématique de l’énergie nucléaire.
Grand honneur, car Paul Reuss est depuis longtemps reconnu dans notre communauté
« académique » comme étant d’une compétence à toute épreuve et d’une pédagogie remarquable. Sa grande modestie lui fait destiner ce livre aux étudiants en génie atomique,
mais sa diffusion devrait être élargie à tous les étudiants des matières scientifiques, futurs
chercheurs ou ingénieurs, intéressés un tant soit peu à l’avenir énergétique de la planète.
La genèse de l’énergie nucléaire, son déploiement « brutal » dans les années 70 a été une
aventure unique dans l’histoire des technologies, qui serait selon certains impossible à
mener aujourd’hui. Mais se replonger dans l’histoire de l’industrie nucléaire, du foisonnement des idées du début et des expériences réalisées, rend finalement plus naturel le
déploiement annoncé des réacteurs du futur, susceptibles de produire une plus grande part
de l’énergie mondiale.
Le nucléaire, même civil, est souvent décrit comme très opaque. On peut mesurer à
la lecture de ce livre la vitesse fulgurante à laquelle cette technologie révolutionnaire se
développe (moins de cinq ans après la découverte de la fission, divergeait la première pile
atomique). Voilà sans doute une des explications au fossé qui a pu se creuser entre les
ingénieurs du nucléaire et la société. Fossé accentué par l’utilisation militaire de cette formidable source d’énergie, et qu’il est nécessaire de refermer le plus rapidement possible.
La loi française de 1991 est sans doute un des points clé de cette « ouverture » annoncée.
Cette loi n’a pas fait que mettre en politique
2 le problème des déchets nucléaires, elle
a incité également à intégrer dans le domaine de l’énergie nucléaire la recherche dite
académique, c’est-à-dire le CNRS et les universités, jusqu’alors très éloignée de cette problématique. En plus de l’incitation politique, il faut noter à la même époque, l’initiative de
Carlo Rubbia, physicien des particules renommé (prix Nobel en 1984 et ancien directeur
du CERN), suivie en France par l’Institut national de physique nucléaire et de la physique
des particules du CNRS. De nombreux chercheurs du CNRS et des Universités se sont
1 Chargé de recherches au CNRS, Institut de physique nucléaire d’Orsay.
2 Les termes sont de Yannick Barthe : Le pouvoir d’indécision, la mise en politique des déchets nucléaires (éd.
Economica, 2005).
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