“reuss” — 2007/1/9 — 17:32 — page 120 — #134
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L’épopée de l’énergie nucléaire
— les réacteurs susceptibles de remplacer les réacteurs actuels lorsqu’ils atteindront
leur fin de vie, qu’on a donc qualifiés de « réacteurs de quatrième génération ». Ils illustrent
les concepts « révolutionnaires » par opposition aux concepts « évolutionnaires ».
Nous l’avons dit, les quinze ou vingt dernières années ont vu, au niveau mondial, et
plus particulièrement aux États-Unis, se ralentir, voire s’arrêter, le rythme de construction
de réacteurs et, par contrecoup, vu fleurir les études de nouveaux concepts pour les réacteurs susceptibles de prendre le relais des réacteurs en fonctionnement. (Cette évolution a
été plus tardive en France, puisque les techniciens ont été occupés par des démarrages de
centrales jusqu’aux toutes dernières années du XX
e siècle ; mais elle est maintenant très
nette.)
Il est apparu nécessaire de faire le tri car il n’est pas raisonnable de poursuivre le développement de dizaines, voire de centaines d’idées à première vue toutes séduisantes.
C’est la raison qui a conduit le Department of Energy (DoE) américain à lancer, en 2000,
une vaste réflexion, le « Forum international Génération 4 », à laquelle ont été associés
neuf autres pays : Afrique du Sud, Argentine, Brésil, Canada, Corée du Sud, France, Japon,
Royaume-Uni et Suisse
10 . Une centaine de concepts proposés par différents laboratoires
de recherche ont été passés au crible par les groupes de travail du Forum, sur de nombreux
critères (taille des unités, coûts de construction et d’exploitation, durée de vie, sûreté et
risques pour l’environnement, cycle de combustible, consommation des ressources naturelles, résistance aux actes de malveillance et risque de prolifération...) et pour un horizon
à moyen terme : 2030. En conclusion de ses travaux, en octobre 2002, le Forum a retenu comme prioritaires six concepts pour des recherches coordonnées dans les dix pays
concernés :
— réacteur à très haute température refroidi à l’hélium, susceptible d’être dédié à la
production d’hydrogène ou à la cogénération hydrogène/électricité (VHTR) ;
— réacteur à neutrons rapides refroidi à l’hélium (GFR) ;
— réacteur à neutrons rapides refroidi au sodium (SFR) ;
— réacteur à neutrons rapides refroidi par un alliage à base de plomb (LFR) ;
— réacteur à eau supercritique (SCWR) ;
— réacteur à sel fondu (MSR).
On voit que presque tous ces concepts sont surgénérateurs. Ils sont ainsi susceptibles
d’apporter une contribution massive pendant des millénaires à l’approvisionnement énergétique de la planète sans dégats conséquents à l’environnement : pas d’émission de gaz
à effet de serre et faible volume de « cendres », surtout si elles sont partiellement traitées
et désactivées.
La France, par la voix du CEA, a exprimé son intérêt plus particulier pour les trois
premiers concepts qui, fonctionnant en cycle fermé, minimiseront la consommation des
ressources naturelles
11 , grâce à la conversion des matières fertiles naturelles en matières
fissiles, ainsi que la quantité et la nocivité à long terme des déchets, grâce à une certaine
incinération in situ.
10 L’Union européenne est associée depuis 2003.
11 Les ressources mondiales raisonnablement assurées à moins de 130 euros par kilogramme d’uranium sont
estimées à environ 3 millions de tonnes ; ce chiffre est à comparer à la consommation mondiale actuelle,
70 000 tonnes par an. L’eau de mer contient 3,3 µg d’uranium par litre, soit au total quelque 5 milliards de
tonnes ; mais cette concentration est trop faible pour que ce « gisement » soit aujourd’hui économiquement
exploitable.
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