GNU/Linux
— tous les familiers du milieu hacker le sentaient. Le processeur
Intel 386, l’Internet et le World Wide Web avaient déferlé sur le
marché comme autant de raz-de-marée. Quant au logiciel libre, il
semblait déjà former la plus grosse lame de fond en préparation.
Aux yeux de Ian Murdock, cette déferlante était tout autant un
hommage qu’une punition bien mérités pour l’homme qui s’était
consacré si longtemps à forger l’identité du mouvement du logiciel libre. Comme de nombreux fans de GNU/Linux, Murdock
avait lu les tout premiers messages et échanges postés. Il avait lu
l’avertissement de Torvalds mentionnant Linux comme un simple
« passe-temps » et son aveu au créateur de Minix, Andrew Tanenbaum : « Si le noyau GNU avait été prêt le printemps dernier, je ne me serais même pas donné la peine de lancer mon projet » 17 . Comme beaucoup, Murdock savait que certaines occasions
avaient été manquées. Il connaissait aussi l’excitation ressentie en
voyant de nouvelles opportunités émerger de la structure même de
l’Internet.
« Être impliqué dans Linux à ses débuts était amusant, se
rappelle-t-il. En même temps, cela occupait et permettait de passer le temps. Si on relit les vieux échanges sur [comp.os.minix],
c’est ce sentiment qui se dégage : Linux était quelque chose avec
quoi jouer en attendant que le noyau Hurd soit prêt. Les gens
étaient impatients. C’est drôle, mais j’ai l’impression qu’il n’y aurait jamais eu de Linux si Hurd était sorti plus rapidement. »
Fin 1996, toutefois, de telles considérations n’avaient plus lieu
d’être, le noyau de Torvalds ayant déjà atteint une masse critique
17. Cette citation est tirée de l’échange houleux et très médiatisé sur
l’Internet, qui opposa Torvalds à Tannenbaum après la parution de la première version de Linux. Pour défendre son choix d’un noyau monolithique non
portable, Torvalds affirme avoir commencé à travailler sur Linux dans le but
de connaître davantage son nouveau PC 386. Voir DiBona, Ockman & Stone,
1999, p. 224.
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