Richard Stallman et la révolution du logiciel libre - Une biographie autorisée
s’allongèrent — si tant est qu’ils fussent mis à jour. Pire encore, selon Stallman, le labo amorçait un « changement démographique ».
Les hackers qui formaient autrefois une minorité active au sein du
AI Lab étaient presque tous partis, tandis que « les professeurs et
les étudiants qui n’aimaient pas vraiment le PDP-10 étaient tout
aussi nombreux qu’auparavant. » 6
C’est aussi en 1982 que le AI Lab reçut la machine qui devait
remplacer son principal ordinateur, le PDP-10, alors âgé de plus de
douze ans. Or si le modèle de Digital (DEC) alors en cours, le Decsystem 20, était compatible avec les programmes des utilisateurs,
il aurait fallu récrire en profondeur l’ITS, ou du moins le « porter » à nouveau, pour que les hackers puissent continuer à l’utiliser.
Craignant que le labo n’ait perdu un nombre trop important de
ses programmeurs de talent, les membres de la faculté firent pression pour obtenir Twenex, un système d’exploitation commercial
développé par Digital. Minoritaires, les hackers n’eurent d’autre
choix que de s’incliner.
« Sans hackers pour maintenir le système, nous allons droit
au désastre ; il nous faut un logiciel commercial. » Stallman se
souviendrait de ces mots prononcés par les membres de la faculté
quelques années plus tard. « ‘Nous pouvons compter sur la société
[Digital] pour en assurer la maintenance’, affirmaient-ils. La suite
a prouvé qu’ils se trompaient lourdement, mais c’est pourtant ça
qu’ils ont fait. » 7
Au début, les hackers considérèrent le système Twenex comme
un nouveau symbole d’autorité ne demandant qu’à être détourné.
Le nom même du système était une provocation. Officiellement
dénommé TOPS-20 par DEC, il se présentait comme le successeur
du TOPS-10, le système d’exploitation non libre distribué pour
6. Stallman, 1986
7. Ibid.
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