290
4. « Prolétarisation » des savoirs et des savoir-faire : L’utilisation de l’IA et de machines autonomes
peut contribuer à une « prolétarisation » des savoirs et des savoir-faire. À force de ne plus être
entièrement partie prenante dans l’élaboration et l’expression d’une décision dans l’environnement de
travail, les humains risquent de se voir déposséder de leur expertise en terme de know-how, et de perdre un
ensemble de capacités et de compétences, qui non seulement peuvent être utiles à la société, mais qui
contribuent aussi à alimenter le respect de soi. Ce risque pourra survenir si l’humain n’est pas associé à
l’entraînement et à l’évaluation des modèles et au choix des données pour améliorer leur performance. Se
pose la question d’un conservatoire des métiers, avant l’émergence massive des intelligences
artificielles.
Exemple : le douanier dans un aéroport auquel on ne demandera plus d’exercer ses compétences et son
sens de la physionomie acquis au fil des années à travers une expérience sur le terrain et qui devra s’en
remettre aux prédictions de la machine en matière de profils de dangerosité.
5. Autonomie et créativité des travailleurs : l’utilisation de l’IA et de machines autonomes peut altérer
l’autonomie et la créativité des travailleurs. Derrière les vertus facilitatrices de certains dispositifs, peut se
déployer de manière sous-jacente une normativité, prenant la forme d’un « paternalisme technologique »
aux multiples visages : ainsi, les IA alertent, recommandent, rappellent à l’ordre, bloquent, interdisent,
voire influencent.
Exemple : pour des raisons légitimes de sécurité ou d’organisation, certains dispositifs pourraient
empêcher les êtres humains d’adopter des comportements considérés comme « sub-optimaux », de tenter
certaines expériences, voire de commettre des erreurs qui souvent sont à la source de nouveautés et de
découvertes.
6. Vie privée et intimité au travail : l’utilisation de l’IA et de machines autonomes peut nuire à la vie
privée et à l’intimité des travailleurs en imposant un contrôle et une surveillance disproportionnés de leurs
activités. Sans contester les bénéfices que peuvent procurer les IA dans la réalisation de multiples tâches,
leur utilisation risque d’être mise en œuvre de manière abusive afin d’évaluer la productivité et le
rendement des travailleurs et de les soumettre à un contrôle strict.
Exemple : pour les avocats dans un cabinet d’avocats ou les journalistes dans un groupe de presse et pour
de nombreux autres métiers.
7. Épanouissement dans le travail : l’utilisation d’IA et de machines autonomes peut nuire à
l’épanouissement des travailleurs sur le lieu de travail en perturbant le rythme de travail, les routines et en
battant en brèche les conditions qui permettent de se réaliser dans le travail.
Exemple : le degré d’appréciation de la dangerosité d’un conducteur par un policier n’aura plus de valeur
face aux contrôles automatiques. L’interruption du processus de pensée par une sollicitation non
hiérarchisée de stimulation venant de plusieurs agents peut contribuer à désorganiser, voir à annihiler la
capacité à prendre des décisions (Task Switching).
Précédent

- 292/350

Suivant