Comme bien d’autres composés organiques, le Téon
est un polymère qui fut découvert un peu par hasard.
En effet, vers la ?n des années 1930, un employé de la
compagnie américaine DuPont tentait de créer un nouveau réfrigérant. En refroidissant le tétrauoroéthylène,
un gaz, celui-ci se polymérisa pour former une substance aux propriétés antiadhésives pouvant résister à
des températures élevées.
Stan Lee, fondateur de Marvel Comics, et ses collaborateurs se sont inspirés des propriétés du Téon
dans le milieu des années 1980 pour créer un supervilain qui donna du ?l à retordre à un célèbre tisseur de toile, Spiderman. Ce personnage,
adéquatement nommé « Slyde », était un
ingénieur chimiste de formation qui se fabriqua un costume recouvert d’une substance
qu’il avait « inventée » et sur laquelle rien
ne pouvait s’agripper. Il était ainsi insaisissable, glissant littéralement à grande vitesse
sur toutes les surfaces, mais aussi entre les
mains de ses poursuivants à la suite de ses
larcins. Même l’étonnante toile de l’hommearaignée ne pouvait y adhérer.
L’homme-araignée lui-même est un
grand concepteur de polymère. Les fanatiques de bandes dessinées savent que Peter
Parker (alias Spiderman) était originalement un jeune et brillant étudiant en biochimie qui
confectionna en laboratoire un polymère, probablement d’une structure avoisinant celle du nylon, qu’il
introduisait sous pression dans des cartouches. Celles-ci
étaient ensuite placées dans un gadget, également créé
par Parker, qui, camoué sous son costume, propulsait mécaniquement la toile a?n d’emprisonner ses
adversaires ou de se balancer allègrement d’un édi?ce
à un autre. Le contenu des cartouches ayant une quantité limitée de toile, celles-ci devaient être renouvelées
périodiquement. Un certain laxisme à cette règle de base
de sécurité a d’ailleurs parfois placé l’homme- araignée
dans des situations embarrassantes. Imaginez-le en
train de se balancer du haut d’un gratte-ciel à New York
et de constater qu’il est à court de toile…
Dans les trois ?lms de Spiderman de 2002 à 2007,
tous ces détails mettant en valeur le brillant caractère
scienti?que du jeune Parker furent élagués. Dans ces
versions, la piqûre de l’araignée radioactive lui permettait de synthétiser sa
propre toile à l’intérieur de son corps
(il est possible d’imaginer un polymère
de type bio- organique). Cette situation
avait d’ailleurs créé un tumulte chez
les admirateurs de la première heure
du super héros, car ce dernier avait été
dénaturé. La nouvelle version de 2012
a cependant repris cet élément, à leur
grand plaisir.
Un autre polymère conçu par la
compagnie DuPont se trouve non seulement dans les bandes dessinées de
Spiderman, mais également chez bien
d’autres superhéros : le Spandex (anagramme du mot
expands, commercialisé sous le nom « Lycra »). En effet,
ce polyuréthane complexe présentant des propriétés
élastiques est utilisé dans la plupart des costumes de
héros masqués, leur permettant de bouger avec aisance
durant leurs pirouettes spectaculaires sans risquer de
déchirer le fond de leur pantalon.
CHRONIQUES D’UNE MOLÉCULE
Les polymères au service des superhéros !
Par Patrice Roberge, Cégep de Granby – Haute-Yamaska
L’homme-araignée,
Spiderman
312 Chapitre 7 Alcènes et alcynes
Précédent

- 324/612

Suivant