214 Euastéridées I
rare degré de perfectionnement, comparable à celui que nous avons vu chez
les Orchidacées.
• dans un premier temps, les grains de pollen sont réunis quatre par quatre,
c’est-à-dire en tétrades. Ces dernières tombent dans cinq cavités en forme de
cuillère, creusées aux angles du bourrelet stigmatique. Lisses à la partie supérieure qui correspond au manche de la cuillère, ces cavités sécrètent à leur
base des substances visqueuses qui agglomèrent le pollen et facilitent son
transport par les insectes, qui, dérapant sur la surface lisse du stigmate, enfoncent leurs pattes dans les « cuillères » et accrochent la masse pollinique
gluante. Chaque « cuillère » recueille ainsi le pollen des deux loges (appartenant chacune à une étamine différente) qui lui font face (fig. 140).
• Chez les espèces plus évoluées, comme le Dompte-venin, le pollen de
chacune des loges est aggloméré en une seule masse, une pollinie. De plus, à
chaque angle supérieur du bourrelet stigmatique, la « cuillère », réduite à une
double glande visqueuse
1 , différencie deux diverticules visqueux ou caudicules joignant les deux pollinies les plus proches [qui, là encore, appartiennent
à deux étamines différentes, (fig. 140)]. L’ensemble formé par les deux pollinies, la double glande visqueuse et les deux caudicules, s’accroche facilement
aux pattes des insectes et assure au mieux la pollinisation croisée
2 .
• Enfin, chez les espèces surévoluées, comme les Asclépias
3 (fig. 141) où la
surface du plateau stigmatique est très importante, formant une véritable aire
d’atterrissage pour les insectes, un dispositif supplémentaire attire les
insectes : chaque filet staminal porte, vers l’extérieur et à sa partie supérieure,
un cornet pétaloïde au centre duquel s’élève un appendice cornu; l’ensemble
prend l’aspect d’une corolle supplémentaire.
— Le gynécée, en plus des dispositifs que nous venons de décrire (bourrelet
stigmatique, connexion étroite avec les étamines) est remarquable par ses deux
carpelles libres, seulement soudés au sommet par les styles et les stigmates.
Cette indépendance des carpelles est acquise secondairement : les styles
encore soudés et le fait que, chez certaines espèces d’Apocynacées, les deux
carpelles soient entièrement soudés
4 indiquent que le gynécée était primitivement gamocarpellé.
Les styles et les stigmates se fanent après la fécondation; les deux carpelles
libres se transforment chacun en un follicule, contenant des graines poilues.
Fréquemment durant la maturation du fruit, les deux carpelles s’écartent et se
placent dans le prolongement l’un de l’autre : ce fait est dû à un allongement
plus rapide de la région placentaire portant les graines, lesquelles produisent
de l’auxine (fig. 142).
1. Selon les auteurs, ces glandes sont aussi dénommées corpuscules, ou rétinacles.
2. Ces différents dispositifs (cuillères, pollinies…) qui facilitent la translation du pollen d’une
fleur à une autre, sont appelés translateurs.
3. Du genre Asclepias (dédié à Esculape – Asclepios – dieu de la Médecine).
4. Le fruit est alors charnu, baie ou drupe.
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