EN BREF
par B. Hauchecorne & A. Zalmanski
la naissance d'un nouveau vocabulaire
À nouvelle di sc ipline, nouvelle terminol og ie. L'apparitio n de l' info rmatique dans la seconde mo itié
du xx< siècle est assoc iée à la créati on de nouveaux termes. Curie usement , aucune règle généra le ne
s'est appliquée, montra nt l'absence de méthodo log ie dans la créati on de néo logismes dans les langues
actue lles (voir la note de lecture page 43).
T ant que l' in fo rmatique est restée l'apanage des entre pri ses d ' in fo rmatique, les créati ons se sont fa ites
consc iemment. Ainsi John Tukey, mathématicien trava illant chez IBM , fo rgea à la fin de la guerre les
termes software et bit en s'appu ya nt sur la termino logie ang laise. C'est en re prenant des rac ines latines
que Jacques Perret et Karl Ste inbruch introdui sent les mots ordinateur et informatique. C itons le mot
souris dés ignant ce petit boîtier qui no us permet de communiquer avec l'ordin ate ur : on doit son in ve nti on, en 1963, à l' ingénieur améri cain Doug las Enge lbe rt. Dans la plupart des langues, sauf peut-être
en italien et en japona is, on a tout simple ment traduit le no m de ce petit rongeur fa mili er ; ain si. un
Espag no l manie el raton là où un Allemand utili se die Maus.
Le mot fran ça is logiciel est l' une des rares réuss ites de franc isation de te rmes venu s d ' Outre-Manche
sinon d ' Outre-Atlantique. Ce mot-valise, contracti on des termes logique et matériel,
fut introduit en 1972 par l' Académi e frança ise pour rempl acer le mot ang lais software que rien ne sembl ait pou vo ir arrêter.
L 'arrivée des ordinateurs personnels dans les années 1980 fut sy nonyme d ' une
invasion de nouveaux termes ve nu s de l'angla is qu 'aucun organi sme référent ne
pouvait plus cana li ser dans notre langue. Cette termino log ie concern e mo ins les
fo nde ments de l' in fo rmatique que son utili sation courante . Ain si on parle de bug, de
spam , de mail et le pré fi xe e- (prononcer i , si vo us ne vo ulez pas passer pour has-bee11 )
enva hit le vocabul aire. Sans être hostile à l'emprunt lingui sti que, preno ns garde à ce qu 'i l ne
défigure pas notre langue !
Informatique
Karl Steinbuch, l'un des pionniers de
l'informatique en Allemagne, forgea en 1957 le mot lnformatik où
l'on reconnaît bien sûr l'influence
du mot français informer qui signifiait, à l'origine, façonner l'esprit
Le suffixe -ique (-ik en a lie ma nd)
qui l'agrémente provient du latin
-icus : relatif à. Certains estiment
cependant que l'on est en présence
d'un mot-valise, c'est-à-dire le début
d'un terme et la fin d'un autre, abréviation de l'expression information
automatique. Professeur d'informatique à Harvard puis directeur du
Centre national de calcul électronique
de la société Bull, Philippe Dreyfus
reprend en français en 1962 et popularise le mot sous sa forme francisée
informatique.
De IJil à 11,re en passant par l'octet
À la fin des années 1940, John Tukey appelle bit
l'unité élémentaire de stockage dans la mémoire
d'un ordinateur. Il s'agit de la contraction de binary
digit, c'est-à-dire chiffre binaire. Sans doute faut-il y
voir un clin d'œil au terme anglais bit qui désigne un
morceau. L'utilisation du terme bit a été popularisée
par Claude Shannon, l'un des fondateur de la théorie
de l'information.
Cependant, la plus petite unité adressable se compose de plusieurs bits, en général 8. C'est pourquoi,
on utilise souvent le mot octet, introduit vers 1920
en chimie pour désigner une couche composée de 8
électrons. Le mot byte, introduit en 1956 par Werner
Buchholz, ingénieur américain d'origine allemande
travaillant pour IBM, lui est (presque) synonyme : il
désigne la plus petite unité adressable (qui autrefois
pouvait varier en fonction du matériel].
Tangente Hors-série n°52. Mathématiques & informatique
par B. Hauchecorne & A. Zalmanski
la naissance d'un nouveau vocabulaire
À nouvelle di sc ipline, nouvelle terminol og ie. L'apparitio n de l' info rmatique dans la seconde mo itié
du xx< siècle est assoc iée à la créati on de nouveaux termes. Curie usement , aucune règle généra le ne
s'est appliquée, montra nt l'absence de méthodo log ie dans la créati on de néo logismes dans les langues
actue lles (voir la note de lecture page 43).
T ant que l' in fo rmatique est restée l'apanage des entre pri ses d ' in fo rmatique, les créati ons se sont fa ites
consc iemment. Ainsi John Tukey, mathématicien trava illant chez IBM , fo rgea à la fin de la guerre les
termes software et bit en s'appu ya nt sur la termino logie ang laise. C'est en re prenant des rac ines latines
que Jacques Perret et Karl Ste inbruch introdui sent les mots ordinateur et informatique. C itons le mot
souris dés ignant ce petit boîtier qui no us permet de communiquer avec l'ordin ate ur : on doit son in ve nti on, en 1963, à l' ingénieur améri cain Doug las Enge lbe rt. Dans la plupart des langues, sauf peut-être
en italien et en japona is, on a tout simple ment traduit le no m de ce petit rongeur fa mili er ; ain si. un
Espag no l manie el raton là où un Allemand utili se die Maus.
Le mot fran ça is logiciel est l' une des rares réuss ites de franc isation de te rmes venu s d ' Outre-Manche
sinon d ' Outre-Atlantique. Ce mot-valise, contracti on des termes logique et matériel,
fut introduit en 1972 par l' Académi e frança ise pour rempl acer le mot ang lais software que rien ne sembl ait pou vo ir arrêter.
L 'arrivée des ordinateurs personnels dans les années 1980 fut sy nonyme d ' une
invasion de nouveaux termes ve nu s de l'angla is qu 'aucun organi sme référent ne
pouvait plus cana li ser dans notre langue. Cette termino log ie concern e mo ins les
fo nde ments de l' in fo rmatique que son utili sation courante . Ain si on parle de bug, de
spam , de mail et le pré fi xe e- (prononcer i , si vo us ne vo ulez pas passer pour has-bee11 )
enva hit le vocabul aire. Sans être hostile à l'emprunt lingui sti que, preno ns garde à ce qu 'i l ne
défigure pas notre langue !
Informatique
Karl Steinbuch, l'un des pionniers de
l'informatique en Allemagne, forgea en 1957 le mot lnformatik où
l'on reconnaît bien sûr l'influence
du mot français informer qui signifiait, à l'origine, façonner l'esprit
Le suffixe -ique (-ik en a lie ma nd)
qui l'agrémente provient du latin
-icus : relatif à. Certains estiment
cependant que l'on est en présence
d'un mot-valise, c'est-à-dire le début
d'un terme et la fin d'un autre, abréviation de l'expression information
automatique. Professeur d'informatique à Harvard puis directeur du
Centre national de calcul électronique
de la société Bull, Philippe Dreyfus
reprend en français en 1962 et popularise le mot sous sa forme francisée
informatique.
De IJil à 11,re en passant par l'octet
À la fin des années 1940, John Tukey appelle bit
l'unité élémentaire de stockage dans la mémoire
d'un ordinateur. Il s'agit de la contraction de binary
digit, c'est-à-dire chiffre binaire. Sans doute faut-il y
voir un clin d'œil au terme anglais bit qui désigne un
morceau. L'utilisation du terme bit a été popularisée
par Claude Shannon, l'un des fondateur de la théorie
de l'information.
Cependant, la plus petite unité adressable se compose de plusieurs bits, en général 8. C'est pourquoi,
on utilise souvent le mot octet, introduit vers 1920
en chimie pour désigner une couche composée de 8
électrons. Le mot byte, introduit en 1956 par Werner
Buchholz, ingénieur américain d'origine allemande
travaillant pour IBM, lui est (presque) synonyme : il
désigne la plus petite unité adressable (qui autrefois
pouvait varier en fonction du matériel].
Tangente Hors-série n°52. Mathématiques & informatique
