PRÉFACE
Peut-on vivre sans énergie ? Bien sûr que non, répondront en chœur le physicien, le
chimiste et le médecin : sans énergie, plus de liaisons nucléaires, plus de liaisons
chimiques, plus de molécules, plus de mouvement, plus de chaleur, plus de digestion, donc certainement plus de vie !
L'impérieuse nécessité de disposer de sources d'énergie – à commencer par celle
fournie à notre corps par notre alimentation – ne fait donc aucun doute : la vie, c'est
avant tout de la chimie, et pour faire, conserver, et défaire les liaisons des molécules qui nous constituent, l'énergie est incontournable. Un monde sans énergie
n'est tout simplement pas pensable ! En écho au titre de cet ouvrage, nous pouvons déjà dire que l'énergie de demain, ce sera celle qui existait déjà hier.
Mais au-delà de ce qui lui est nécessaire pour entretenir son propre corps, l'homo
industrialis a aujourd'hui réussi à domestiquer, pour d'autres usages, à peu près
toutes les formes d'énergie connues : l'énergie chimique (toutes les formes de
combustion), l'énergie mécanique, l'énergie nucléaire, l'énergie électromagnétique,
l'énergie thermique… Cette profusion énergétique est allée avec une explosion
de la taille de l'humanité, passée de 400 millions d'habitants en 1800 à 6 milliards
aujourd'hui, une multiplication de l'espérance de vie par 2 en deux siècles. Avec
l'équivalent de 4 tonnes de pétrole par an, le Français « moyen » dispose de l'équivalent de 25 à 50 esclaves à sa disposition, qui s'appellent réfrigérateur, lave-linge,
automobile, avion, chauffage central, robots industriels, bétonneuse…, et qui ont
permis l'accession du moindre ouvrier occidental à un mode de vie en comparaison duquel un noble du Moyen Age était un vrai pauvre.
Mais en consommant à une vitesse accélérée des ressources qui ont mis des centaines de millions d'années à se constituer, en rendant le fonctionnement de notre
monde moderne dépendant d'une abondance énergétique qui pourrait bien n'être
que transitoire, en prenant le risque d'engendrer des perturbations climatiques
majeures, n'avons-nous pas joué à FAUST, en vendant notre âme au Diable de la
consommation de masse, contre une abondance de quelques siècles ?
Si l'énergie de demain sera qualitativement celle d'hier, à bien des titres, la question qui se pose aujourd'hui est clairement celle des quantités, des moyens d'en
disposer, et des inconvénients ou des risques que nous sommes prêts à courir pour
cela. Passé le seuil de l'indispensable au maintien en vie, quelle est la « bonne »
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