280
Pierre BACHER & Bernard TARDIEU
mètres cubes par seconde), soit disposer d'une grande hauteur de chute (se comptant en centaines de mètres), soit les deux. Il faut en outre que l'eau soit disponible en quantités suffisantes, ce qui dépend du bassin versant et de la pluviométrie.
Lorsque ces conditions sont réunies, on parle de grande hydraulique : en France,
le Rhin et le Rhône sont équipés « au fil de l'eau » (la majeure partie du débit est
turbinée dans des chutes d'environ 10 m de hauteur, sans retenue), alors que sur
les rivières moins importantes des Alpes, des Pyrénées et du Massif central on a
construit des barrages qui retiennent l'eau et permettent de produire de l'électricité quand on en a le plus besoin.
Dans de nombreux cas, cependant, ces conditions ne sont pas réunies, et on ne
dispose que de petites quantités d'eau, parfois mais pas toujours associées à de
grandes hauteurs de chute. On parle alors de « petite hydraulique » ; la puissance
de ces unités va de quelques kilowatts à quelques mégawatts. On en recense
plus de 1500 en France qui, à elles toutes, représentent environ 10% de l'énergie
hydraulique.
Il faut noter aussi que de nombreux ouvrages hydrauliques ne servent pas qu'à la
production d'électricité : beaucoup constituent des réserves d'eau exploitées pour
l'irrigation (par exemple Serre-Ponçon en France), d'autres ont pour objet principal
la maîtrise des crues. De très nombreux barrages ne sont pas équipés de turbine.
Nous n'évoquerons pas ces derniers ici.
Les caractéristiques, les avantages et les inconvénients, l'économie même, de la
« grande » et de la « petite » hydraulique, ont assez peu de choses en commun.
C'est pourquoi nous les traiterons séparément dans ce chapitre.
12.2. LES DIFFÉRENTS TYPES D'OUVRAGES HYDRAULIQUES
12.2.1. LES BASSINS VERSANTS ET LE STOCKAGE NATUREL DE L'EAU
L'énergie hydraulique est une énergie d'origine solaire. L'eau évaporée par la chaleur solaire, pour la plus grande partie sur les grandes étendues d'eau (océans, mers,
grands lacs) mais également sur les terres, par évapotranspiration, se condense
sous forme de précipitations, et ceci de préférence sur les montagnes. Grâce à ce
mécanisme, l'eau gagne une énergie potentielle directement proportionnelle à l'altitude de son point de chute.
Une partie de cette eau s'infiltre dans le sol, alimente des nappes phréatiques et
réapparaît plus ou moins bas. Une autre partie est stockée sous forme de neige ou
de glace, et est susceptible d'être déstockée au moment de la fonte des neiges.
Le reste s'écoule vers les rivières.
Précédent

- 282/636

Suivant