évènement malheureux. Cela étant, par bonheur ou par malheur vous aurez
des enfants ? Qu’en ferez-vous ? Des Montriveau ? – Eh ! bien, ils ne
succéderont point à toute la fortune de leur père. Vous voudrez leur donner
toute la vôtre et lui toute la sienne. Mon Dieu, rien n’est plus naturel. Vous
trouverez les lois contre vous. Combien avons-nous vu de procès faits par
les héritiers légitimes aux enfants de l’amour ! J’en entends retentir dans
tous les tribunaux du monde. Aurez-vous recours à quelque fidéicommis : si
la personne en qui vous mettrez votre confiance vous trompe, à la vérité la
justice humaine n’en saura rien ; mais vos enfants seront ruinés. Choisissez
donc bien ! Voyez en quelles perplexités vous êtes. De toute manière vos
enfants seront nécessairement sacrifiés aux fantaisies de votre cœur et privés
de leur état. Mon Dieu, tant qu’ils seront petits, ils seront charmants ; mais
ils vous reprocheront un jour d’avoir songé plus à vous qu’à eux. Nous
savons tous cela, nous autres vieux gentilshommes. Les enfants deviennent
des hommes, et les hommes sont ingrats. N’ai-je pas entendu le jeune de
Horn, en Allemagne, disant après souper : – Si ma mère avait été honnête
femme, je serais prince régnant. Mais ce SI, nous avons passé notre vie à
l’entendre dire aux roturiers, et il a fait la révolution. Quand les hommes ne
peuvent accuser ni leur père, ni leur mère, ils s’en prennent à Dieu de leur
mauvais sort. En somme, chère enfant, nous sommes ici pour vous éclairer.
Eh ! bien, je me résume par un mot que vous devez méditer : une femme ne
doit jamais donner raison à son mari.
– Mon oncle, j’ai calculé tant que je n’aimais pas. Alors je voyais comme
vous des intérêts là où il n’y a plus pour moi que des sentiments, dit la
duchesse.
– Mais, ma chère petite, la vie est tout bonnement une complication
d’intérêts et de sentiments, lui répliqua le vidame ; et pour être heureux,
surtout dans la position où vous êtes, il faut tâcher d’accorder ses sentiments
avec ses intérêts. Qu’une grisette fasse l’amour à sa fantaisie, cela se
conçoit ; mais vous avez une jolie fortune, une famille, un titre, une place à
la cour, et vous ne devez pas les jeter par la fenêtre. Pour tout concilier, que
venons-nous vous demander ? De tourner habilement la loi des convenances
au lieu de la violer. Eh, mon Dieu, j’ai bientôt quatre-vingts ans, je ne me
souviens pas d’avoir rencontré, sous aucun régime, un amour qui valût le
prix dont vous voulez payer celui de cet heureux jeune homme.
La duchesse imposa silence au vidame par un regard ; et si Montriveau
l’avait pu voir, il aurait tout pardonné…
– Ceci serait d’un bel effet au théâtre, dit le duc de Grandlieu, et ne
signifie rien quand il s’agit de vos paraphernaux, de votre position et de
votre indépendance. Vous n’êtes pas reconnaissante, ma chère nièce. Vous
ne trouverez pas beaucoup de familles où les parents soient assez courageux
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des enfants ? Qu’en ferez-vous ? Des Montriveau ? – Eh ! bien, ils ne
succéderont point à toute la fortune de leur père. Vous voudrez leur donner
toute la vôtre et lui toute la sienne. Mon Dieu, rien n’est plus naturel. Vous
trouverez les lois contre vous. Combien avons-nous vu de procès faits par
les héritiers légitimes aux enfants de l’amour ! J’en entends retentir dans
tous les tribunaux du monde. Aurez-vous recours à quelque fidéicommis : si
la personne en qui vous mettrez votre confiance vous trompe, à la vérité la
justice humaine n’en saura rien ; mais vos enfants seront ruinés. Choisissez
donc bien ! Voyez en quelles perplexités vous êtes. De toute manière vos
enfants seront nécessairement sacrifiés aux fantaisies de votre cœur et privés
de leur état. Mon Dieu, tant qu’ils seront petits, ils seront charmants ; mais
ils vous reprocheront un jour d’avoir songé plus à vous qu’à eux. Nous
savons tous cela, nous autres vieux gentilshommes. Les enfants deviennent
des hommes, et les hommes sont ingrats. N’ai-je pas entendu le jeune de
Horn, en Allemagne, disant après souper : – Si ma mère avait été honnête
femme, je serais prince régnant. Mais ce SI, nous avons passé notre vie à
l’entendre dire aux roturiers, et il a fait la révolution. Quand les hommes ne
peuvent accuser ni leur père, ni leur mère, ils s’en prennent à Dieu de leur
mauvais sort. En somme, chère enfant, nous sommes ici pour vous éclairer.
Eh ! bien, je me résume par un mot que vous devez méditer : une femme ne
doit jamais donner raison à son mari.
– Mon oncle, j’ai calculé tant que je n’aimais pas. Alors je voyais comme
vous des intérêts là où il n’y a plus pour moi que des sentiments, dit la
duchesse.
– Mais, ma chère petite, la vie est tout bonnement une complication
d’intérêts et de sentiments, lui répliqua le vidame ; et pour être heureux,
surtout dans la position où vous êtes, il faut tâcher d’accorder ses sentiments
avec ses intérêts. Qu’une grisette fasse l’amour à sa fantaisie, cela se
conçoit ; mais vous avez une jolie fortune, une famille, un titre, une place à
la cour, et vous ne devez pas les jeter par la fenêtre. Pour tout concilier, que
venons-nous vous demander ? De tourner habilement la loi des convenances
au lieu de la violer. Eh, mon Dieu, j’ai bientôt quatre-vingts ans, je ne me
souviens pas d’avoir rencontré, sous aucun régime, un amour qui valût le
prix dont vous voulez payer celui de cet heureux jeune homme.
La duchesse imposa silence au vidame par un regard ; et si Montriveau
l’avait pu voir, il aurait tout pardonné…
– Ceci serait d’un bel effet au théâtre, dit le duc de Grandlieu, et ne
signifie rien quand il s’agit de vos paraphernaux, de votre position et de
votre indépendance. Vous n’êtes pas reconnaissante, ma chère nièce. Vous
ne trouverez pas beaucoup de familles où les parents soient assez courageux
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