– Très mal.
– Vraiment, dit la princesse, le roi reste ce qu’il a toujours été, un jacobin
fleurdelisé.
– Oh ! un peu modéré, dit le vidame.
– Non, je le connais de longue date. L’homme qui disait à sa femme,
le jour où elle assista au premier grand couvert : « Voilà nos gens ! »
en lui montrant la cour, ne pouvait être qu’un noir scélérat. Je retrouve
parfaitement MONSIEUR dans le Roi. Le mauvais frère qui votait si mal
dans son bureau de l’Assemblée constituante doit pactiser avec les Libéraux,
les laisser parler, discuter. Ce cagot de philosophie sera tout aussi dangereux
pour son cadet qu’il l’a été pour l’aîné ; car je ne sais si son successeur
pourra se tirer des embarras que se plaît à lui créer ce gros homme de petit
esprit ; d’ailleurs il l’exècre, et serait heureux de se dire en mourant : Il ne
régnera pas longtemps.
– Ma tante, c’est le Roi, j’ai l’honneur de lui appartenir, et…
– Mais, mon cher, votre charge vous ôte-t-elle votre franc-parler ! Vous
êtes d’aussi bonne maison que les Bourbons. Si les Guise avaient eu un peu
plus de résolution, Sa Majesté serait un pauvre sire aujourd’hui. Je m’en
vais de ce monde à temps, la noblesse est morte. Oui, tout est perdu pour
vous, mes enfants, dit-elle en regardant le vidame. Est-ce que la conduite
de ma nièce devrait occuper la ville ? Elle a eu tort, je ne l’approuve pas,
un scandale inutile est une faute ; aussi douté-je encore de ce manque aux
convenances, je l’ai élevée et je sais que…
En ce moment la duchesse sortit de son boudoir. Elle avait reconnu la
voix de sa tante et entendu prononcer le nom de Montriveau. Elle était dans
un déshabillé du matin, et, quand elle se montra, monsieur de Grandlieu,
qui regardait insouciamment par la croisée, vit revenir la voiture de sa nièce
sans elle.
– Ma chère fille, lui dit le duc en lui prenant la tête et l’embrassant au
front, tu ne sais donc pas ce qui se passe ?
– Que se passe-t-il d’extraordinaire, cher père ?
– Mais tout Paris te croit chez M. de Montriveau.
– Ma chère Antoinette, tu n’es pas sortie, n’est-ce pas ? dit la princesse
en lui tendant la main que la duchesse baisa avec une respectueuse affection.
– Non, chère mère, je ne suis pas sortie. Et, dit-elle en se retournant
pour saluer le vidame et le marquis, j’ai voulu que tout Paris me crût chez
monsieur de Montriveau.
Le duc leva les mains au ciel, se les frappa désespérément et se croisa
les bras.
– Mais vous ne savez donc pas ce qui résultera de ce coup de tête ? ditil enfin.
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– Vraiment, dit la princesse, le roi reste ce qu’il a toujours été, un jacobin
fleurdelisé.
– Oh ! un peu modéré, dit le vidame.
– Non, je le connais de longue date. L’homme qui disait à sa femme,
le jour où elle assista au premier grand couvert : « Voilà nos gens ! »
en lui montrant la cour, ne pouvait être qu’un noir scélérat. Je retrouve
parfaitement MONSIEUR dans le Roi. Le mauvais frère qui votait si mal
dans son bureau de l’Assemblée constituante doit pactiser avec les Libéraux,
les laisser parler, discuter. Ce cagot de philosophie sera tout aussi dangereux
pour son cadet qu’il l’a été pour l’aîné ; car je ne sais si son successeur
pourra se tirer des embarras que se plaît à lui créer ce gros homme de petit
esprit ; d’ailleurs il l’exècre, et serait heureux de se dire en mourant : Il ne
régnera pas longtemps.
– Ma tante, c’est le Roi, j’ai l’honneur de lui appartenir, et…
– Mais, mon cher, votre charge vous ôte-t-elle votre franc-parler ! Vous
êtes d’aussi bonne maison que les Bourbons. Si les Guise avaient eu un peu
plus de résolution, Sa Majesté serait un pauvre sire aujourd’hui. Je m’en
vais de ce monde à temps, la noblesse est morte. Oui, tout est perdu pour
vous, mes enfants, dit-elle en regardant le vidame. Est-ce que la conduite
de ma nièce devrait occuper la ville ? Elle a eu tort, je ne l’approuve pas,
un scandale inutile est une faute ; aussi douté-je encore de ce manque aux
convenances, je l’ai élevée et je sais que…
En ce moment la duchesse sortit de son boudoir. Elle avait reconnu la
voix de sa tante et entendu prononcer le nom de Montriveau. Elle était dans
un déshabillé du matin, et, quand elle se montra, monsieur de Grandlieu,
qui regardait insouciamment par la croisée, vit revenir la voiture de sa nièce
sans elle.
– Ma chère fille, lui dit le duc en lui prenant la tête et l’embrassant au
front, tu ne sais donc pas ce qui se passe ?
– Que se passe-t-il d’extraordinaire, cher père ?
– Mais tout Paris te croit chez M. de Montriveau.
– Ma chère Antoinette, tu n’es pas sortie, n’est-ce pas ? dit la princesse
en lui tendant la main que la duchesse baisa avec une respectueuse affection.
– Non, chère mère, je ne suis pas sortie. Et, dit-elle en se retournant
pour saluer le vidame et le marquis, j’ai voulu que tout Paris me crût chez
monsieur de Montriveau.
Le duc leva les mains au ciel, se les frappa désespérément et se croisa
les bras.
– Mais vous ne savez donc pas ce qui résultera de ce coup de tête ? ditil enfin.
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