d’honneur est pour eux une censure tacite qu’ils ne pardonnent ni aux vivants
ni aux morts. Après les adieux de Fontainebleau, Montriveau, quoique noble
et titré, fut mis en demi-solde. Sa probité antique effraya le Ministère de
la Guerre, où son attachement aux serments faits à l’aigle impériale était
connu. Lors des Cent-Jours il fut nommé colonel de la garde et resta sur le
champ de bataille de Waterloo. Ses blessures l’ayant retenu en Belgique,
il ne se trouva pas à l’armée de la Loire ; mais le gouvernement royal ne
voulut pas reconnaître les grades donnés pendant les Cent-Jours, et Armand
de Montriveau quitta la France. Entraîné par son génie entreprenant, par
cette hauteur de pensée que, jusqu’alors, les hasards de la guerre avaient
satisfaite, et passionné par sa rectitude instinctive pour les projets d’une
grande utilité, le général Montriveau s’embarqua dans le dessein d’explorer
la Haute-Égypte et les parties inconnues de l’Afrique, les contrées du
centre surtout, qui excitent aujourd’hui tant d’intérêt parmi les savants. Son
expédition scientifique fut longue et malheureuse. Il avait recueilli des notes
précieuses destinées à résoudre les problèmes géographiques ou industriels
si ardemment cherchés et il était parvenu, non sans avoir surmonté bien
des obstacles, jusqu’au cœur de l’Afrique, lorsqu’il tomba par trahison au
pouvoir d’une tribu sauvage. Il fut dépouillé de tout, mis en esclavage
et promené pendant deux années à travers les déserts, menacé de mort
à tout moment et plus maltraité que ne l’est un animal dont s’amusent
d’impitoyables enfants. Sa force de corps et sa constance d’âme lui firent
supporter toutes les horreurs de sa captivité ; mais il épuisa presque toute
son énergie dans son évasion, qui fut miraculeuse. Il atteignit la colonie
française du Sénégal, demi-mort, en haillons, et n’ayant plus que d’informes
souvenirs. Les immenses sacrifices de son voyage, l’étude des dialectes
de l’Afrique, ses découvertes et ses observations, tout fut perdu. Un seul
fait fera comprendre ses souffrances. Pendant quelques jours les enfants du
scheik de la tribu dont il était l’esclave s’amusèrent à prendre sa tête pour
but dans un jeu qui consistait à jeter d’assez loin des osselets de cheval,
et à les y faire tenir. Montriveau revint à Paris vers le milieu de l’année
1818, il s’y trouva ruiné, sans protecteurs, et n’en voulant pas. Il serait mort
vingt fois avant de solliciter quoi que ce fût, même la reconnaissance de
ses droits acquis. L’adversité, ses douleurs avaient développé son énergie
jusque dans les petites choses, et l’habitude de conserver sa dignité d’homme
en face de cet être moral que nous nommons la conscience, donnait pour
lui du prix aux actes en apparence les plus indifférents. Cependant ses
rapports avec les principaux savants de Paris et quelques militaires instruits
firent connaître et son mérite et ses aventures. Les particularités de son
évasion et de sa captivité, celles de son voyage attestaient tant de sang-froid,
d’esprit et de courage, qu’il acquit, sans le savoir, cette célébrité passagère
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