qui, sous ce rapport, fut éminemment française. L’homme du faubourg
Saint-Germain a toujours conclu de sa supériorité matérielle en faveur de
sa supériorité intellectuelle. Tout, en France, l’en a convaincu, parce que
depuis l’établissement du faubourg Saint-Germain, révolution aristocratique
commencée le jour où la monarchie quitta Versailles, le faubourg SaintGermain s’est, sauf quelques lacunes, toujours appuyé sur le pouvoir, qui
sera toujours en France plus ou moins faubourg Saint-Germain ; de là sa
défaite en 1830. À cette époque, il était comme une armée opérant sans avoir
de base. Il n’avait point profité de la paix pour s’implanter dans le cœur de
la nation. Il péchait par un défaut d’instruction et par un manque total de vue
sur l’ensemble de ses intérêts. Il tuait un avenir certain, au profit d’un présent
douteux. Voici peut-être la raison de cette fausse politique. La distance
physique et morale que ces supériorités s’efforçaient de maintenir entre elles
et le reste de la nation, a fatalement en pour tout résultat, depuis quarante
ans, d’entretenir dans la haute classe le sentiment personnel en tuant le
patriotisme de caste. Jadis, alors que la noblesse française était grande, riche
et puissante, les gentilshommes savaient, dans le danger, se choisir des chefs
et leur obéir. Devenus moindres, ils se sont montrés indisciplinables ; et,
comme dans le Bas-Empire, chacun d’eux voulait être empereur ; en se
voyant tous égaux par leur faiblesse, ils se crurent tous supérieurs. Chaque
famille ruinée par la révolution, ruinée par le partage égal des biens, ne
pensa qu’à elle, au lieu de penser à la grande famille aristocratique, et
il leur semblait que si toutes s’enrichissaient, le parti serait fort. Erreur.
L’argent aussi n’est qu’un signe de la puissance. Composées de personnes
qui conservaient les hautes traditions de bonne politesse, d’élégance vraie,
de beau langage, de pruderie et d’orgueil nobiliaires, en harmonie avec leurs
existences, occupations mesquines quand elles sont devenues le principal
d’une vie de laquelle elles ne doivent être que l’accessoire toutes ces familles
avaient une certaine valeur intrinsèque, qui, mise en superficie, ne leur laisse
qu’une valeur nominale. Aucune de ces familles n’a eu le courage de se
dire : Sommes-nous assez fortes pour porter le pouvoir ? Elles se sont jetées
dessus comme firent les avocats en 1830. Au lieu de se montrer protecteur
comme un Grand, le faubourg Saint-Germain fut avide comme un parvenu.
Du jour où il fut prouvé à la nation la plus intelligente du monde, que la
noblesse restaurée organisait le pouvoir et le budget à son profit, ce jour,
elle fut mortellement malade. Elle voulait être une aristocratie quand elle
ne pouvait plus être qu’une oligarchie, deux systèmes bien différents, et
que comprendra tout homme assez habile pour lire attentivement les noms
patronymiques des lords de la chambre haute. Certes, le gouvernement royal
eut de bonnes intentions ; mais il oubliait constamment qu’il faut tout faire
vouloir au peuple, même son bonheur, et que la France, femme capricieuse,
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Saint-Germain a toujours conclu de sa supériorité matérielle en faveur de
sa supériorité intellectuelle. Tout, en France, l’en a convaincu, parce que
depuis l’établissement du faubourg Saint-Germain, révolution aristocratique
commencée le jour où la monarchie quitta Versailles, le faubourg SaintGermain s’est, sauf quelques lacunes, toujours appuyé sur le pouvoir, qui
sera toujours en France plus ou moins faubourg Saint-Germain ; de là sa
défaite en 1830. À cette époque, il était comme une armée opérant sans avoir
de base. Il n’avait point profité de la paix pour s’implanter dans le cœur de
la nation. Il péchait par un défaut d’instruction et par un manque total de vue
sur l’ensemble de ses intérêts. Il tuait un avenir certain, au profit d’un présent
douteux. Voici peut-être la raison de cette fausse politique. La distance
physique et morale que ces supériorités s’efforçaient de maintenir entre elles
et le reste de la nation, a fatalement en pour tout résultat, depuis quarante
ans, d’entretenir dans la haute classe le sentiment personnel en tuant le
patriotisme de caste. Jadis, alors que la noblesse française était grande, riche
et puissante, les gentilshommes savaient, dans le danger, se choisir des chefs
et leur obéir. Devenus moindres, ils se sont montrés indisciplinables ; et,
comme dans le Bas-Empire, chacun d’eux voulait être empereur ; en se
voyant tous égaux par leur faiblesse, ils se crurent tous supérieurs. Chaque
famille ruinée par la révolution, ruinée par le partage égal des biens, ne
pensa qu’à elle, au lieu de penser à la grande famille aristocratique, et
il leur semblait que si toutes s’enrichissaient, le parti serait fort. Erreur.
L’argent aussi n’est qu’un signe de la puissance. Composées de personnes
qui conservaient les hautes traditions de bonne politesse, d’élégance vraie,
de beau langage, de pruderie et d’orgueil nobiliaires, en harmonie avec leurs
existences, occupations mesquines quand elles sont devenues le principal
d’une vie de laquelle elles ne doivent être que l’accessoire toutes ces familles
avaient une certaine valeur intrinsèque, qui, mise en superficie, ne leur laisse
qu’une valeur nominale. Aucune de ces familles n’a eu le courage de se
dire : Sommes-nous assez fortes pour porter le pouvoir ? Elles se sont jetées
dessus comme firent les avocats en 1830. Au lieu de se montrer protecteur
comme un Grand, le faubourg Saint-Germain fut avide comme un parvenu.
Du jour où il fut prouvé à la nation la plus intelligente du monde, que la
noblesse restaurée organisait le pouvoir et le budget à son profit, ce jour,
elle fut mortellement malade. Elle voulait être une aristocratie quand elle
ne pouvait plus être qu’une oligarchie, deux systèmes bien différents, et
que comprendra tout homme assez habile pour lire attentivement les noms
patronymiques des lords de la chambre haute. Certes, le gouvernement royal
eut de bonnes intentions ; mais il oubliait constamment qu’il faut tout faire
vouloir au peuple, même son bonheur, et que la France, femme capricieuse,
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