un filet d’argent ou d’or dans une frise obscure. C’était donc bien elle !
Toujours Parisienne, elle n’avait pas dépouillé sa coquetterie, quoiqu’elle
eût quitté les parures du monde pour le bandeau, pour la dure étamine des
Carmélites. Après avoir signé son amour la veille, au milieu des louanges
adressées au Seigneur, elle semblait dire à son amant : – Oui, c’est moi, je
suis là, j’aime toujours ; mais je suis à l’abri de l’amour. Tu m’entendras,
mon âme t’enveloppera, et je resterai sous le linceul brun de ce chœur d’où
nul pouvoir ne saurait m’arracher. Tu ne me verras pas.
– C’est bien elle ! se dit le général en relevant son front, en le dégageant de
ses mains, sur lesquelles il l’avait appuyé ; car il n’avait pu d’abord soutenir
l’écrasante émotion qui s’éleva comme un tourbillon dans son cœur quand
cette voix connue vibra sous les arceaux, accompagnée par le murmure des
vagues. L’orage était au dehors, et le calme dans le sanctuaire. Cette voix
si riche continuait à déployer toutes ses câlineries, elle arrivait comme un
baume sur le cœur embrasé de cet amant, elle fleurissait dans l’air, qu’on
désirait mieux aspirer pour y prendre les émanations d’une âme exhalée avec
amour dans les paroles de la prière. L’alcade vint rejoindre son hôte, il le
trouva fondant en larmes à l’Élévation, qui fut chantée par la religieuse, et
l’emmena chez lui. Surpris de rencontrer tant de dévotion dans un militaire
français, l’alcade avait invité à souper le confesseur du couvent, et il en
prévint le général, auquel jamais nouvelle n’avait fait autant de plaisir.
Pendant le souper, le confesseur fut l’objet des attentions du Français, dont le
respect intéressé confirma les Espagnols dans la haute opinion qu’ils avaient
prise de sa piété. Il demanda gravement le nombre des religieuses, des détails
sur les revenus du couvent et sur ses richesses, en homme qui paraissait
vouloir entretenir poliment le bon vieux prêtre des choses dont il devait être
le plus occupé. Puis il s’informa de la vie que menaient ces saintes filles.
Pouvaient-elles sortir ? les voyait-on ?
– Seigneur, dit le vénérable ecclésiastique, la règle est sévère. S’il faut
une permission de Notre Saint-Père pour qu’une femme vienne dans une
maison de Saint-Bruno, ici même rigueur. Il est impossible à un homme
d’entrer dans un couvent de Carmélites Déchaussées, à moins qu’il ne
soit prêtre et attaché par l’archevêque au service de la Maison. Aucune
religieuse ne sort. Cependant LA GRANDE SAINTE (la mère Thérèse)
a souvent quitté sa cellule. Le Visiteur ou les Mères Supérieures peuvent
seules permettre à une religieuse, avec l’autorisation de l’archevêque, de
voir des étrangers, surtout en cas de maladie. Or nous sommes un Chef
d’Ordre, et nous avons conséquemment une Mère Supérieure au Couvent.
Nous avons, entre autres étrangères, une Française, la sœur Thérèse, celle
qui dirige la musique de la Chapelle.
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Toujours Parisienne, elle n’avait pas dépouillé sa coquetterie, quoiqu’elle
eût quitté les parures du monde pour le bandeau, pour la dure étamine des
Carmélites. Après avoir signé son amour la veille, au milieu des louanges
adressées au Seigneur, elle semblait dire à son amant : – Oui, c’est moi, je
suis là, j’aime toujours ; mais je suis à l’abri de l’amour. Tu m’entendras,
mon âme t’enveloppera, et je resterai sous le linceul brun de ce chœur d’où
nul pouvoir ne saurait m’arracher. Tu ne me verras pas.
– C’est bien elle ! se dit le général en relevant son front, en le dégageant de
ses mains, sur lesquelles il l’avait appuyé ; car il n’avait pu d’abord soutenir
l’écrasante émotion qui s’éleva comme un tourbillon dans son cœur quand
cette voix connue vibra sous les arceaux, accompagnée par le murmure des
vagues. L’orage était au dehors, et le calme dans le sanctuaire. Cette voix
si riche continuait à déployer toutes ses câlineries, elle arrivait comme un
baume sur le cœur embrasé de cet amant, elle fleurissait dans l’air, qu’on
désirait mieux aspirer pour y prendre les émanations d’une âme exhalée avec
amour dans les paroles de la prière. L’alcade vint rejoindre son hôte, il le
trouva fondant en larmes à l’Élévation, qui fut chantée par la religieuse, et
l’emmena chez lui. Surpris de rencontrer tant de dévotion dans un militaire
français, l’alcade avait invité à souper le confesseur du couvent, et il en
prévint le général, auquel jamais nouvelle n’avait fait autant de plaisir.
Pendant le souper, le confesseur fut l’objet des attentions du Français, dont le
respect intéressé confirma les Espagnols dans la haute opinion qu’ils avaient
prise de sa piété. Il demanda gravement le nombre des religieuses, des détails
sur les revenus du couvent et sur ses richesses, en homme qui paraissait
vouloir entretenir poliment le bon vieux prêtre des choses dont il devait être
le plus occupé. Puis il s’informa de la vie que menaient ces saintes filles.
Pouvaient-elles sortir ? les voyait-on ?
– Seigneur, dit le vénérable ecclésiastique, la règle est sévère. S’il faut
une permission de Notre Saint-Père pour qu’une femme vienne dans une
maison de Saint-Bruno, ici même rigueur. Il est impossible à un homme
d’entrer dans un couvent de Carmélites Déchaussées, à moins qu’il ne
soit prêtre et attaché par l’archevêque au service de la Maison. Aucune
religieuse ne sort. Cependant LA GRANDE SAINTE (la mère Thérèse)
a souvent quitté sa cellule. Le Visiteur ou les Mères Supérieures peuvent
seules permettre à une religieuse, avec l’autorisation de l’archevêque, de
voir des étrangers, surtout en cas de maladie. Or nous sommes un Chef
d’Ordre, et nous avons conséquemment une Mère Supérieure au Couvent.
Nous avons, entre autres étrangères, une Française, la sœur Thérèse, celle
qui dirige la musique de la Chapelle.
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