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Principes de sécurité du système d’information
Première partie
Le rootkit de Sony
Nous ne saurions entreprendre ce tour d’horizon de la malfaisance sans évoquer une
affaire où le scandale le dispute au ridicule.
Un rootkit est un programme ou un ensemble de programmes qui permettent à un pirate
de maintenir durablement un accès frauduleux à un système informatique, généralement
par l’ouverture de portes dérobées (cf. section 3 page précédente) et par des modifications
vicieuses du système.
Le 31 octobre 2005, le spécialiste reconnu des systèmes Windows Mark E. Russinovich
publiait sous le titre Sony, Rootkits and Digital Rights Management Gone Too Far un
article
2 dans la revue en ligne Sysinternals où il racontait la mésaventure suivante.
Il testait sur son ordinateur le logiciel de détection d’intrusion RootkitRevealer (RKR),
destiné comme son nom l’indique à détecter la présence de rootkits.
Que révéla RKR à Russinovich ? Un répertoire caché, plusieurs pilotes de périphériques
cachés, et un programme caché. Russinovich, auteur notamment de l’ouvrage de référence Windows Internals : Windows 2000, Windows XP & Windows Server 2003 [92],
n’est pas précisément un utilisateur naïf et il applique des règles de sécurité scrupuleuses. Étonné de se voir ainsi piraté, il mobilisa toute sa science des structures internes
de Windows et des outils d’analyse pour percer ce mystère (les détails sont exposés dans
l’article cité en référence) : quelle ne fut pas sa surprise en découvrant que le rootkit incriminé était un logiciel commercial arborant fièrement la marque de la société qui l’avait
développé, First 4 Internet. Cette société avait créé un ensemble de logiciels destinés à
implémenter une technologie nommée XCP, dont la fonction est d’exercer des contrôles
d’accès sur les CD musicaux enregistrés commercialisés selon les spécifications du protocole Digital Rights Management (DRM). First 4 Internet avait vendu sa technologie à
plusieurs sociétés, dont Sony, et en constatant cela Russinovich se rappela avoir acheté
peu de temps auparavant un CD Sony qui ne pouvait être joué qu’au moyen du logiciel
inscrit sur le CD lui-même, et qui ne pouvait être recopié que trois fois. C’est ce que
l’on appelle un CD au contenu protégé contre les copies.
En fait, lorsque le CD était joué sur un ordinateur, le logiciel inscrit sur le CD se recopiait
dans le système, à l’insu de l’utilisateur. Une fois installé, il se comportait comme un
logiciel espion, et envoyait à Sony l’identification du CD introduit dans le lecteur de
l’ordinateur ; avec cet envoi , Sony était informé chaque fois qu’un CD donné était
joué sur tel ou tel ordinateur, et recevait également l’adresse IP de cet ordinateur. De
surcroît, ce logiciel assez mal conçu et réalisé créait dans le système des vulnérabilités
supplémentaires qui facilitaient des attaques ultérieures par d’autres logiciels malfaisants.
Clairement, le Big Brother du roman de George Orwell commençait à prendre réalité.
Mais le plus piquant (ou le plus scandaleux) de cette histoire, c’est que pour réaliser leur
logiciel secret et malfaisant destiné à espionner leurs clients et à protéger de façon abusive
leurs droits, First 4 Internet et son mandant Sony avaient purement et simplement piraté
des parties de certains logiciels libres sous licence GPL dans des conditions contraires
aux termes de cette licence, c’est-à-dire qu’ils n’avaient pas hésité à enfreindre les droits
d’autrui.
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