Percussion indirecte
Curieusement nous n'avons pas de preuves absolues de débitage laminaire au
"punch" avant le Mésolithique. Les caractères des produits laminaires sont alors
intermédiaires entre la percussion directe et la pression, ils sont parfois difficiles à
distinguer de ces derniers. La percussion indirecte s'accommode bien d'un plan de frappe
lisse peu incliné sur les surfaces de débitage. L'angle d'éclatement se rapproche de 90°
ce qui, sur de grandes séries, distingue cette technique de la percussion directe au
percuteur tendre.
Nous avons choisi d'illustrer seulement trois exemples.
• Débitage en partant d'un seul plan de frappe, sur nucléus "pyramidal"
(fig. 29 : 1). Selon ce schéma, les produits laminaires tendent à s'arquer.
• Débitage en partant de deux plans de frappe opposés sur nucléus cylindrique
ou "prismatique" (fig. 29 : 2). On peut pratiquer le débitage soit en alternant les plans
de frappe soit en le menant à partir de l'un puis de l'autre. Les produits obtenus selon
ces schémas sont rectilignes.
• Débitage croisé : les deux surfaces débitées sont parallèles, les directions de
percussion sont, elles, orthogonales (fig. 29 : 3).
Le débitage de lames peut s'effectuer en partant d'un (ou plusieurs) plan de frappe
cortical, lisse ou préparé. Dans ce dernier cas, la préparation intéresse soit une petite
série de 2 ou 3 lames, soit une seule lame comme il est fréquent dans le Magdalénien
(surtout supérieur) où une saillie est dégagée sur le bord du plan de frappe. La lame
débitée emporte une partie de cette saillie et présente alors un talon "en éperon"
(fig. 79 : 8).
Débitage d e lame s pa r pressio n
Le débitage par pression, qui ne concerne que les lames et les lamelles, a été
identifié relativement récemment
70 . Il a vu ces toutes dernières années son champ
d'application s'étendre à des aires géographiques de plus en plus vastes. L'aire de
répartition la plus impressionnante concerne l'Orient et l'Extrême-Orient. Le débitage
laminaire par pression semblait jusqu'à présent être le successeur du débitage laminaire
par percussion et n'apparaître qu'il y a environ 12000 ans au Japon. Actuellement on
peut admettre l'Asie comme foyer d'invention, dans une aire sibéro-sino-mongole, il y
a environ 25 000 ans
71 . En outre ce débitage, inventé par des chasseurs-cueilleurs, est
un marqueur technique remarquable qui peut jouer un rôle dans l'identification du
peuplement du continent nord-américain
72 . La chauffe, reconnue comme facilitant la
retouche par pression, intervient elle aussi dans le débitage par pression, tout au moins
sur silex et calcédoine.
La pression développant l'onde de fracture peut être exercée directement par un
outil court tenu à la main (fig. 30 : 1) ou par un outil à manche plus long dont l'extrémité
non active est assurée sous le bras ou à l'épaule pour les petites lamelles (fig. 30 : 2).
Elle est exercée à l'aide d'une "béquille" pectorale (fig. 30 : 4) ou abdominale pour les
lames plus longues (fig. 30 : 3a et 5). La pointe qui sert à exercer la pression peut être
en ivoire ou bois animal, elle sera éventuellement remplacée par le métal dès l'apparition
de ce dernier. L'immobilisation du nucléus (fig. 30 : 3b) joue un rôle important dès lors
que les dimensions des produits augmentent.
70 Pour l'historique, cf. Tixier, 1984 : 57-70.
71 Inizan, 1991.
72 Inizan, Lechevallier, Plumet, 1992.
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