2.1. Méthode s Levalloi s
Le débitage dénommé "Levallois" qui consiste à obtenir un "éclat de forme
prédéterminée par une préparation spéciale du nucléus avant enlèvement de cet éclat",
selon la définition proposée par François Bordes en 1961
55 , existe depuis un demi-million
d'années et concerne tous les continents à l'exclusion du continent américain. Si les
produits qu'on découvrait dès 1867 dans le gisement éponyme de Levallois ont fait la
renommée en préhistoire de cette banlieue de Paris, il faut reconnaître que c'est à Victor
Commont, en 1909, que revient le mérite d'avoir le premier reconstitué ce mode
particulier de débitage.
Ce débitage est encore mal compris et il est encore parfois confondu avec une
préparation spéciale du plan de frappe. On assimile aussi le terme d'"éclat prédéterminé"
aux éclats Levallois et vice versa, alors que la notion de prédétermination participe à
toutes les opérations de taille dont la finalité des produits a été mentalement élaborée.
Si l'on ne peut, par exemple, contester la notion de prédétermination dans le débitage
laminaire, on peut cependant reconnaître que le débitage Levallois est la première
méthode de débitage très organisée et très répandue qui apparaît avant Homo sapiens.
Cependant, si le débitage Levallois appartient essentiellement aux industries du
Paléolithique ancien et moyen, il n'est pas un bon marqueur chronologique car il peut
aussi exister au Paléolithique supérieur et jusque dans des industries très récentes
56 .
Depuis une vingtaine d'années, l'émergence de nombreuses industries à débitage
"Levallois" surtout en Europe et au Proche-Orient, a montré qu'il existait une disparité
sans cesse grandissante entre la définition classique de Bordes et les nouveaux produits
"Levallois" mis au jour. Ainsi, il devenait de plus en plus difficile aux préhistoriens
d'appréhender et de s'accorder sur la définition même du débitage Levallois.
Face à ce constat, E. Boëda
57
a tenté une approche technologique du débitage
Levallois afin d'en clarifier la genèse. Cette approche est fondée sur des données
expérimentales et sur l'analyse de séries archéologiques provenant du Paléolithique
moyen du Nord de la France. Elle lui a permis de préciser et surtout d'élargir la définition
de Bordes en recherchant, d'une part, la finalité d'un débitage aussi complexe, et d'autre
part, différentes stratégies de taille mises en œuvre.
La définition ancienne insistait sur la préparation centripète de la surface Levallois
et sur la préparation particulière du plan de frappe.
• La préparation centripète assure effectivement une morphologie convexe à la
surface de débitage afin de permettre le détachement d'un large éclat dénommé
"Levallois". Or les enlèvements centripètes ne sont pas une constante tout au long d'un
débitage Levallois.
• On insistait particulièrement sur la préparation du plan de frappe,
indépendamment de la surface de débitage, pour assurer le détachement idéal de l'éclat.
Cette définition était en fait réductrice, puisqu'elle évoquait une seule méthode
de débitage finalisée pour l'obtention d'un éclat unique (quoique l'obtention de plusieurs
éclats pour la même mise en forme préparatoire ait parfois été évoquée). Elle conduisait
aussi à une conception de débitage synonyme d'une consommation importante de matière
première.
• On décrivait aussi le plus souvent les produits Levallois en des termes de
morphologie comme le nucléus en "dos de tortue", le talon en "chapeau de gendarme",
alors que ces morphologies résultent d'une série d'enchaînements d'actes techniques qui
n'étaient pas expliqués. La "tortue" révèle la mise en forme du nucléus par deux
convexités asymétriques et le "chapeau de gendarme" est un procédé technique de
facettage pour la préparation d'un plan de frappe préférentiel qui assure le détachement
d'un éclat Levallois.
55 Bordes, 1961.
56 Cauvin, 1971.
57 Boëda, 1994.
63
Précédent

- 64/201

Suivant