100
IV • Les conséquences des mouvements horizontaux de la lithosphère
océanique néoformée à l’axe des dorsales subit aussi des déformations
pendant et après sa création. Comme toujours, ces déformations sont les
plus fortes aux frontières des plaques, c’est-à-dire à l’axe des dorsales ou
bien le long des failles transformantes.
a) À l’axe des dorsales rapides (divergence ≥ 5-10 cm/an), l’asthénosphère parvient tout près de la surface, et l’on peut admettre que les deux
plaques océaniques divergentes sont entièrement découplées (ou bien, si
l’on préfère, que la rupture entre elles est totale). De sorte que la lithosphère qui s’épaissit progressivement quand on s’éloigne de l’axe n’est
pratiquement pas soumise à des contraintes extensives. Et de fait, ce type de
dorsale prend la forme d’un relief allongé relativement lisse (fiches 2.1
et 2.3), dont le sommet coïncide avec l’axe d’accrétion océanique (c’està-dire le lieu de fabrication de la croûte basaltique et gabbroïque). L’abaissement progressif des flancs de la dorsale de chaque côté du relief est
imposé par la subsidence thermique de la lithosphère qui augmente avec
le temps (chap. III, § 3.3; fig. 3.8).
Au contraire, les dorsales lentes (divergence < 5-3 cm/an) sont caractérisées par une «vallée centrale». Cette vallée a tous les caractères d’un
rift (fig. 4.10): elle correspond à un fossé d’effondrement entre des failles
normales, et l’on peut y reconnaître des blocs crustaux basculés taillés
dans la croûte faite de basalte, de gabbro et de serpentinite. La dénivellation entre les crêtes et le fond de la vallée dépasse souvent 1 km, sa largeur
est de 10 à 20 km, et celle des blocs basculés de quelques kilomètres ou de
quelques centaines de mètres. La présence de structures extensives (les
blocs crustaux et les failles normales) suggère que s’exercent là des forces
horizontales provoquant un étirement de la lithosphère, et que, par conséquent, un couplage persiste entre les plaques divergentes. C’est que, en
raison de la lenteur du processus, l’asthénosphère n’atteint pas le fond
marin: elle se transforme en lithosphère par refroidissement non seulement sous les flancs mais sous l’axe même de la dorsale: le volcanisme
créateur de croûte basaltique est là épisodique, tandis que la circulation
hydrothermale responsable de la serpentinisation des péridotites du
manteau est un phénomène continu, dont témoignent les sources chaudes
et minéralisées. Cette circulation accélère le refroidissement superficiel
des terrains en facilitant l’évacuation de la chaleur. Un «pont» lithosphérique persiste ainsi entre les deux plaques, sans cesse effondré par leur
écartement, et sans cesse reconstruit par le refroidissement superficiel de
l’asthénosphère. Les failles normales à fort pendage (c’est-à-dire très inclinées par rapport à l’horizontale, jusqu’à 60-70°) observées en surface, sont
Précédent

- 107/226

Suivant