9
Introduction
Pour faire face à l’augmentation de la population mondiale, aux défis environnementaux et climatiques, à la raréfaction des ressources en eau et en énergies fossiles,
l’adaptation, voire la rupture des modes de production agricole actuels, est devenue
incontournable. Les systèmes agricoles devront considérer les services de production de
biens agricoles, mais aussi d’autres services écosystémiques. Les acteurs devront pour
cela être accompagnés par la recherche et la formation.
Dans les pays industrialisés de la zone tempérée, l’amélioration de la productivité de
l’agriculture et de sa compétitivité économique depuis les années 1950 a été permise par
un processus de modernisation qui s’est traduit par la spécialisation des systèmes de
production, par l’agrandissement des exploitations et par un recours accru à des intrants
de synthèse, au machinisme agricole, à des variétés végétales et à des races animales
à fort potentiel productif. La spécialisation des systèmes, l’artificialisation et l’homogénéisation des milieux ont permis de faire des économies d’échelle, tant du point de vue
de la production que de la collecte de produits plus standardisés, répondant mieux aux
besoins des filières de transformations et des industries agroalimentaires.
Au cours de cette période, le secteur agricole s’est organisé par la création de référentiels
et de structures de conseils ; les milieux naturels ont été considérés comme largement
abiotiques, homogénéisés par le remembrement, le drainage ; les interactions biotiques
dans le sol et dans les écosystèmes supports de l’agriculture ont été négligés. Le conseil
aux exploitations agricoles a visé l’optimum de production. L’agriculture s’est industrialisée. Cette industrialisation a engendré des externalités jugées alors positives (milieux
« propres », sans ravageurs, à forte productivité), mais aussi des externalités négatives
(pollutions du sol, de l’eau, de l’air ; émissions de gaz à effet de serre ; perte de biodiversité) dont les conséquences sont devenues des questions cruciales depuis quelques
décennies. Le constat dressé par l’IPBES
6 dans son évaluation mondiale de la biodiversité et des services écosystémiques est clair : au travers du changement de l’usage des
terres et de l’usage d’intrants, l’agriculture, incluant l’élevage, est l’un des principaux
moteurs de l’érosion de la biodiversité (IPBES, 2019).
Un meilleur compromis entre agriculture et environnement a été recherché par une meilleure efficience des intrants, une limitation des rejets dans l’environnement, voire une
démarche de reconception des systèmes agricoles. De nombreux mouvements (agriculture
biologique, agriculture de conservation, agriculture raisonnée, agriculture à haute performance environnementale, éco-agriculture…) ont proposé des vocables et des concepts
pour mieux conjuguer les performances économiques, sociales, environnementales et
6. Intergovernmental Science-Policy Platform on Biodiversity and Ecosystem Services (Plateforme intergouvernementale sur la biodiversité et les services écosystémiques).
Introduction
Pour faire face à l’augmentation de la population mondiale, aux défis environnementaux et climatiques, à la raréfaction des ressources en eau et en énergies fossiles,
l’adaptation, voire la rupture des modes de production agricole actuels, est devenue
incontournable. Les systèmes agricoles devront considérer les services de production de
biens agricoles, mais aussi d’autres services écosystémiques. Les acteurs devront pour
cela être accompagnés par la recherche et la formation.
Dans les pays industrialisés de la zone tempérée, l’amélioration de la productivité de
l’agriculture et de sa compétitivité économique depuis les années 1950 a été permise par
un processus de modernisation qui s’est traduit par la spécialisation des systèmes de
production, par l’agrandissement des exploitations et par un recours accru à des intrants
de synthèse, au machinisme agricole, à des variétés végétales et à des races animales
à fort potentiel productif. La spécialisation des systèmes, l’artificialisation et l’homogénéisation des milieux ont permis de faire des économies d’échelle, tant du point de vue
de la production que de la collecte de produits plus standardisés, répondant mieux aux
besoins des filières de transformations et des industries agroalimentaires.
Au cours de cette période, le secteur agricole s’est organisé par la création de référentiels
et de structures de conseils ; les milieux naturels ont été considérés comme largement
abiotiques, homogénéisés par le remembrement, le drainage ; les interactions biotiques
dans le sol et dans les écosystèmes supports de l’agriculture ont été négligés. Le conseil
aux exploitations agricoles a visé l’optimum de production. L’agriculture s’est industrialisée. Cette industrialisation a engendré des externalités jugées alors positives (milieux
« propres », sans ravageurs, à forte productivité), mais aussi des externalités négatives
(pollutions du sol, de l’eau, de l’air ; émissions de gaz à effet de serre ; perte de biodiversité) dont les conséquences sont devenues des questions cruciales depuis quelques
décennies. Le constat dressé par l’IPBES
6 dans son évaluation mondiale de la biodiversité et des services écosystémiques est clair : au travers du changement de l’usage des
terres et de l’usage d’intrants, l’agriculture, incluant l’élevage, est l’un des principaux
moteurs de l’érosion de la biodiversité (IPBES, 2019).
Un meilleur compromis entre agriculture et environnement a été recherché par une meilleure efficience des intrants, une limitation des rejets dans l’environnement, voire une
démarche de reconception des systèmes agricoles. De nombreux mouvements (agriculture
biologique, agriculture de conservation, agriculture raisonnée, agriculture à haute performance environnementale, éco-agriculture…) ont proposé des vocables et des concepts
pour mieux conjuguer les performances économiques, sociales, environnementales et
6. Intergovernmental Science-Policy Platform on Biodiversity and Ecosystem Services (Plateforme intergouvernementale sur la biodiversité et les services écosystémiques).
