10
GÉOCHIMIE MARINE
CalTech, il est au contact d’océanographes comme Roger Revelle et propose une explication
théorique du cycle du CO, entre océan et atmosphère, anticipant ainsi la mise en place
de la célèbre série temporelle de mesures de CO2 atmosphérique à Hawaii de G. Keeling.
Lorsqu’en 1967, le physicien océanographe Henry Stommel impulse la première grande
exploration de l’océan par sections, il tient à avoir les mesures des premiers « traceurs » des
chronomètres pour la plupart (14C, 226Ra...). Les noms de Harmon Craig, mais aussi de Wally
Broecker du Lamont Doherty Geological Observatory (NY) et Derek Spencer de Woods
Hole Océanographie Institution (Ma) s’imposent tout naturellement pour désigner les
leaders du programme GEOSECS, qui courra jusqu’en 1980. En 1969, H. Craig publie un
article essentiel qui évalue le « taux de retournement » de l’océan sur la base de profils de CO,
et 14C, et calcule les premières vitesses verticales lentes, encore jamais mesurées directement
aujourd’hui. Les années GEOSECS ont aussi vu fleurir les premières études sur les radionucléides naturels dans l’océan menées notamment par M. Bacon aux USA et Y. Nozaki au
Japon et les premières mesures de particules en suspension, avec les contributions de D. Lal
à la Scripps et de ses collègues indiens S. Krishnaswami et B.L.K. Somayajulu. Efforts méritoires, car il fallait collecter de l’ordre du mètre cube d’eau de mer pour... une mesure !
WS. Broecker, dans le célèbre et fondateur Tracers in the Sea en 1982, propose une des
meilleures évaluations de ce que GEOSECS a apporté à la connaissance de l’océan. De
nature plus éclectique que Harmon, « Wally » est mondialement reconnu pour ses travaux
sur les changements abrupts du climat, son hypothèse du conveyor belt, sa description du
global warming. Les années 1980 sont le théâtre de nombreux développements de traceurs
géochimiques marins. Beaucoup d’études se sont alors focalisées sur la description du cycle
global de certains éléments chimiques. Ces travaux, qui pouvaient ressembler à des sortes
de <• paris », visaient à identifier le comportement des éléments chimiques dans l’océan, en
réponse à une certain nombre de leurs propriétés. Ces travaux ont eu le mérite de souligner
la difficulté première des mesures d’éléments dans les milieux naturels : les risques d’artéfacts liés aux contaminations dues au protocole analytique. Cette période a été aussi celle de
l’avènement des salles blanches et des vaisselles spécifiques - en d’autres termes, la communauté a appris à travailler proprement.
Aujourd hui, les progrès accomplis dans l’étude des traceurs chimiques et isotopiques
- et en particulier 1 amélioration des sensibilités des spectromètres de masse de nouvelle
génération - ainsi que le besoin scientifique fort de quantifier des flux de matière encore mal
contraints, ont conduit la communauté des géochimistes marins à se structurer dans le cadre
du programme international GEOTRACES (2010-2020). L’objectif de GEOTRACES est
de déterminer la distribution et le cycle d’une série de traceurs dans l’océan pour comprendre
la réponse de ces traceurs au changement global afin d’améliorer les paléoreconstitutions et
de prédire 1 évolution de 1 océan sous ce forçage anthropique. La stratégie, coordonnée à
1 échelle mondiale, repose sur 1 analyse des différents traceurs le long des mêmes sections
Précédent

- 17/379

Suivant