LA MÉDITERRANÉE
que la vie en mer du Nord ou dans l’Atlantique soit moins passionnante.
Loin de là ! Mais les eaux plus froides et les courants traîtres rendent ces
mers moins accessibles aux néophytes. Quant aux mers tropicales, avec
leurs récifs luxuriants à quelques mètres de profondeur seulement, elles
sont une destination trop coûteuse pour bon nombre d’entre nous.
C’est en masse que nous nous précipitons vers notre mer intérieure,
pour jouir de sa beauté. Et cela a des conséquences. Lorsqu’on est si
nombreux on nuit à la mer. De nouveaux ports de plaisance et des
constructions de toutes sortes s’érigent tout le long du littoral. Les sédiments
qui en proviennent détruisent des hectares de vie sous-marine sur l’étroit
plateau continental, déjà si fragile. Des hors-bord et des scooters de mer
bourdonnants tracent des lignes écumeuses sur la mer et laissent derrière
eux une mince couche huileuse qui empêche les échanges entre la mer et
l’atmosphère. Des ancres labourent les prairies de posidonies. Certains
s’achètent un fusil-harpon pour attraper leur propre poisson. Des plongeurs
saccagent les branches de corail.
Et puis il y a les pollueurs professionnels : les égouts déversant en mer
sans passer par une station d’épuration, les industries et les pétroliers
contribuant à leur manière à la détérioration de la mer. Les défenseurs de la
nature élèvent des voix qui se font de plus en plus alarmantes.
Quelques cris d’alarme
Les Méditerranéens mangent leur poisson, et c’est normal. Mais faut-il
vraiment manger les larves de sardines (la « poutine » de Nice) ou les larves
d’anguilles (les « civelles » du Midi) ? Car c’est ainsi qu’à quatre on consomme
un nombre de poissons qui, une fois adultes, auraient nourri
L’inconscience
collective conduit
à une pollution
incessante.
Elle dégrade
nos plages et
conduit à la mort
des animaux
qui ingurgitent
sacs en plastique
et autres objets
flottants.
quatre cents personnes...
Les Méditerranéens mangent leur poisson, et c’est leur
droit. Mais faut-il vraiment pêcher à l’explosif, sachant que
l’onde de choc qui tue les poissons rompt leur vessie natatoire ?
Et que pour un poisson récolté en surface, il y en a cent qui
pourrissent au fond...
Un vieux plongeur de Perpignan me raconta qu’il observait
régulièrement des bancs entiers de mérous (Epinephelus
marginatus) qui prenaient un « bain de soleil » juste sous la
surface au début des années cinquante. Puis survint la chasse
sous-marine. Pas toujours très sportive ; à l'aide du scaphandre,
s’il le fallait. Vingt ans plus tard, les mérous étaient devenus
rares sur nos côtes... et on pouvait dire la même chose des
corbs (Sciaena umbra). Depuis, la création de réserves
naturelles et de parcs naturels marins (Port-Cros, CerbèreBanyuls, Scandola, îles Lavezzi, Monaco, îles Mèdes, Cabo
£
17
que la vie en mer du Nord ou dans l’Atlantique soit moins passionnante.
Loin de là ! Mais les eaux plus froides et les courants traîtres rendent ces
mers moins accessibles aux néophytes. Quant aux mers tropicales, avec
leurs récifs luxuriants à quelques mètres de profondeur seulement, elles
sont une destination trop coûteuse pour bon nombre d’entre nous.
C’est en masse que nous nous précipitons vers notre mer intérieure,
pour jouir de sa beauté. Et cela a des conséquences. Lorsqu’on est si
nombreux on nuit à la mer. De nouveaux ports de plaisance et des
constructions de toutes sortes s’érigent tout le long du littoral. Les sédiments
qui en proviennent détruisent des hectares de vie sous-marine sur l’étroit
plateau continental, déjà si fragile. Des hors-bord et des scooters de mer
bourdonnants tracent des lignes écumeuses sur la mer et laissent derrière
eux une mince couche huileuse qui empêche les échanges entre la mer et
l’atmosphère. Des ancres labourent les prairies de posidonies. Certains
s’achètent un fusil-harpon pour attraper leur propre poisson. Des plongeurs
saccagent les branches de corail.
Et puis il y a les pollueurs professionnels : les égouts déversant en mer
sans passer par une station d’épuration, les industries et les pétroliers
contribuant à leur manière à la détérioration de la mer. Les défenseurs de la
nature élèvent des voix qui se font de plus en plus alarmantes.
Quelques cris d’alarme
Les Méditerranéens mangent leur poisson, et c’est normal. Mais faut-il
vraiment manger les larves de sardines (la « poutine » de Nice) ou les larves
d’anguilles (les « civelles » du Midi) ? Car c’est ainsi qu’à quatre on consomme
un nombre de poissons qui, une fois adultes, auraient nourri
L’inconscience
collective conduit
à une pollution
incessante.
Elle dégrade
nos plages et
conduit à la mort
des animaux
qui ingurgitent
sacs en plastique
et autres objets
flottants.
quatre cents personnes...
Les Méditerranéens mangent leur poisson, et c’est leur
droit. Mais faut-il vraiment pêcher à l’explosif, sachant que
l’onde de choc qui tue les poissons rompt leur vessie natatoire ?
Et que pour un poisson récolté en surface, il y en a cent qui
pourrissent au fond...
Un vieux plongeur de Perpignan me raconta qu’il observait
régulièrement des bancs entiers de mérous (Epinephelus
marginatus) qui prenaient un « bain de soleil » juste sous la
surface au début des années cinquante. Puis survint la chasse
sous-marine. Pas toujours très sportive ; à l'aide du scaphandre,
s’il le fallait. Vingt ans plus tard, les mérous étaient devenus
rares sur nos côtes... et on pouvait dire la même chose des
corbs (Sciaena umbra). Depuis, la création de réserves
naturelles et de parcs naturels marins (Port-Cros, CerbèreBanyuls, Scandola, îles Lavezzi, Monaco, îles Mèdes, Cabo
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