64 LA VIE ET LA MORT DES CORAUX
Deux atolls dans la journée
Dimanche 26, nous faisons route vers le Nord et nous arrivons à
5 heures du matin pour l’atterrissage sur Gaha Faro, un des nombreux
atolls des Maldives. Il a 7 milles de diamètre. Nous l’explorons en
lâchant à 6 heures une équipe à l’Est-Nord-Est, à 8 heures 30 une équipe
à l’Ouest. A 9 heures la soucoupe est à l’eau à l’Ouest avec Laban et
Barsky. Cela simplement pour montrer l’intensité du déploiement des
moyens de la Calypso mis en œuvre en moins de deux heures.
Malgré des difficultés dues aux courants et à l’eau trouble, l’exploration
a permis de rapporter des documents photographiques et cinématographiques
sur les poissons, mais aussi sur les associations animales des récifs : Hydraires,
Hydrozoaires, Coralliaires, Ascidies...
A l’Est une équipe a retrouvé l’épave signalée et photographiée jadis
par Hans Hass*.
Nous repartons aussitôt et à 11 heures 15 nous sommes en route vers
l’atoll suivant : Kardiva, que nous atteignons à 14 heures 30 et nous l’explorons selon le même dispositif. Par conséquent dans la même journée, avec
trois équipes différentes de trois plongeurs chacune, c’est-à-dire avec neuf
plongeurs à chaque opération, nous avons exploré complètement deux atolls
sur chacune de leur face.
Les terriens — ou les marins de surface — ne sauront jamais à quel
point notre travail peut différer d’une heure à l’autre et combien les fonds
peuvent nous offrir des spectacles absolument opposés, sans que rien — ou
presque — puisse le laisser deviner du pont d’un bateau. (Il y a quand même
des indices, notamment la couleur de l’eau, d’après lesquels un plongeur
avisé peut prévoir ce qui l’attend avant même d’avoir mis son masque et
d’avoir regardé dans la mer.)
Après de merveilleuses promenades parmi les Madrépores colorés
et les poissons innombrables et confiants, nous tombons, sans savoir pourquoi, sur des coraux chétifs et grisâtres. Parfois même ils sont enduits de ce
mucus verdissant que nous connaissons bien et qui atteste leur déchéance.
C’est en effet l’indication que les coraux ne se défendent plus contre les
entreprises d’autres éléments vivants — dans le cas présent des algues qui
recouvrent ces branches qui ne sont plus que des cadavres de Madrépores.
On voit bien par places que je ne sais quel désastre biologique est en
préparation.
Bien entendu nous nous obligeons à visiter en détail ces cimetières de
coraux où souvent des branches Acropora brisées gisent au fond de l’eau.
Si triste et si ennuyeuse que soit la visite pour nous, elle fait partie de notre
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