DES AMITIES DIFFICILES 167
Une partie de football
Depuis quatre semaines nous sommes sur ce récif, émerveillés par une
richesse biologique que nous avons rarement rencontrée. Il nous faut maintenant capturer des poissons vivants pour les envoyer au Musée de Monaco.
Les pêches scientifiques ne sont pas toujours faciles, aussi afin de
capturer les spécimens sans les blesser, le Dr François, médecin du bord,
prépare notre drogue habituelle, le MS 222. Projeté à l’intérieur du récif, à
l’aide d’une seringue spéciale, le narcotique doit endormir ses habitants. Les
plongeurs descendent munis de cette arme impressionnante. Ils emportent
aussi le piège en forme de bulle qui nous a déjà rendu tant de services en Mer
Rouge. Il est en plastique avec une seule ouverture. Il nous sert- dans l’eau
et hors de l’eau pour transporter et observer les spécimens vivants.
Le poisson endormi est placé dans la bulle jusqu’à ce qu’il reprenne
conscience... Et la capture continue...
Notre pêche n’est composée que d’exemplaires rares. Sur 1 mètre carré
de fond on trouve des poissons que les amateurs du monde entier paieraient
des milliers de francs. Ils vont partir par avion pour le Musée Océanographique de Monaco.
Ces poissons très colorés, tachés de bleu et d’or, rayés de jaune, sont
chez eux dans ce dédale de corail dont ils connaissent tous les détours.
Leur vie dépend de leur promptitude à se cacher dans les anfractuosités.
A la moindre alerte ils se réfugient entre les pointes du corail où leurs
ennemis ne peuvent pas les poursuivre. C’est une protection infaillible.
Les plongeurs brisent et détachent des blocs de corail, mais les
poissons restent cachés à l’intérieur : pour les en faire sortir il faut secouer
le corail lorsqu’on le remonte en surface.
J’ai suivi et dirigé cette cueillette et je m’aperçois que nous avons créé
sur le récif une situation paradoxale : nos bulles de plastique constituent
des aquariums artificiels, dans ce vaste aquarium naturel qu’est le récif.
Notre prison à poissons a l’apparence de la liberté parce que ses parois
sont transparentes et cela va poser aux habitants du récif un problème
comme ils n’en ont jamais connu.
A l’intérieur de la bulle les poissons prisonniers ne nagent plus de la
même manière : ils ont un comportement anormal et les premiers à s’en
aviser sont des individus de la même espèce : ils viennent voir intrigués.
Ce sont les prédateurs qui arrivent ensuite. D’abord à peine curieux, ils
commencent à s’énerver lorsqu’ils se rendent compte que la panique règne
à l’intérieur de la bulle. C’est alors qu’ils attaquent.
Un gros mérou semble se demander comment il pourrait mettre à profit
Une partie de football
Depuis quatre semaines nous sommes sur ce récif, émerveillés par une
richesse biologique que nous avons rarement rencontrée. Il nous faut maintenant capturer des poissons vivants pour les envoyer au Musée de Monaco.
Les pêches scientifiques ne sont pas toujours faciles, aussi afin de
capturer les spécimens sans les blesser, le Dr François, médecin du bord,
prépare notre drogue habituelle, le MS 222. Projeté à l’intérieur du récif, à
l’aide d’une seringue spéciale, le narcotique doit endormir ses habitants. Les
plongeurs descendent munis de cette arme impressionnante. Ils emportent
aussi le piège en forme de bulle qui nous a déjà rendu tant de services en Mer
Rouge. Il est en plastique avec une seule ouverture. Il nous sert- dans l’eau
et hors de l’eau pour transporter et observer les spécimens vivants.
Le poisson endormi est placé dans la bulle jusqu’à ce qu’il reprenne
conscience... Et la capture continue...
Notre pêche n’est composée que d’exemplaires rares. Sur 1 mètre carré
de fond on trouve des poissons que les amateurs du monde entier paieraient
des milliers de francs. Ils vont partir par avion pour le Musée Océanographique de Monaco.
Ces poissons très colorés, tachés de bleu et d’or, rayés de jaune, sont
chez eux dans ce dédale de corail dont ils connaissent tous les détours.
Leur vie dépend de leur promptitude à se cacher dans les anfractuosités.
A la moindre alerte ils se réfugient entre les pointes du corail où leurs
ennemis ne peuvent pas les poursuivre. C’est une protection infaillible.
Les plongeurs brisent et détachent des blocs de corail, mais les
poissons restent cachés à l’intérieur : pour les en faire sortir il faut secouer
le corail lorsqu’on le remonte en surface.
J’ai suivi et dirigé cette cueillette et je m’aperçois que nous avons créé
sur le récif une situation paradoxale : nos bulles de plastique constituent
des aquariums artificiels, dans ce vaste aquarium naturel qu’est le récif.
Notre prison à poissons a l’apparence de la liberté parce que ses parois
sont transparentes et cela va poser aux habitants du récif un problème
comme ils n’en ont jamais connu.
A l’intérieur de la bulle les poissons prisonniers ne nagent plus de la
même manière : ils ont un comportement anormal et les premiers à s’en
aviser sont des individus de la même espèce : ils viennent voir intrigués.
Ce sont les prédateurs qui arrivent ensuite. D’abord à peine curieux, ils
commencent à s’énerver lorsqu’ils se rendent compte que la panique règne
à l’intérieur de la bulle. C’est alors qu’ils attaquent.
Un gros mérou semble se demander comment il pourrait mettre à profit
