124 LA VIE ET LA MORT DES CORAUX
maison où vivaient les océanautes. nous l’avons démontée et emportée à
la fin de l’expérience.
Mais le fond et la falaise de corail sont littéralement couverts de nos
débris, câbles, barres de fer, morceaux de tôle, maisons à poissons. C’est
immonde ! On dirait l’enclos d’un ferrailleur de banlieue et les poissons sont
rares. Les Balistes ne nous reconnaissent pas et restent indifférents à notre
approche... Où sont les vieilles, les mérous, les Lutjans ? Sans doute les
plongeurs qui viennent de Port Soudan faire un pèlerinage à Précontinent II
ont-ils trop souvent apporté leur fusil.
Le corail est vivace. Sur les câbles, les barres de fer, les maisons à
poissons, de nombreuses touffes de corail rose, grosses comme le poing,
ont poussé en quatre ans. C’est ce même corail qu’affectionnent particulièrement les poissons bosse. Il abonde autour des hublots dont nous avons
démonté les verres. Toute la ferraille s’en trouve transfigurée, travestie.
C’est très insolite : les formes étranges de nos hangars qu’habillent les
Gorgones, les Madrépores, les Alcyonaires de toutes couleurs semblent appartenir à un autre monde. On pourrait croire que des êtres extra-terrestres qui
ont connu avant nous la vie sous-marine ont habité là et ont emporté leur
secret en laissant derrière eux ces champignons monstrueux dont on ne
peut plus deviner la destination.
L’occasion est bonne de faire des observations sur un sujet très
controversé : la vitesse de croissance des coraux. Gaston repère une Acropora
parasol qui a recouvert un câble du Rosaldo et dont le diamètre a atteint
en quatre ans 20 centimètres.
C’est à Shab Rumi que nous tournons alors les meilleures séquences
de notre film sur les récifs de la Mer Rouge.
Pour guider les efforts des cameramen je dresse une carte provisoire
des lieux où nous plongeons.
A la pointe Sud, nous retrouvons ta grande abondance de poissons
que nous avons connue jadis. Ils évoluent en bancs extraordinairement serrés.
Barracudas*, Carangues, Platax* se livrent à un ballet hallucinant. Parfois
devant le plongeur se dresse un véritable mur de Barracudas avec leurs
dents pointant de la mâchoire, leurs yeux fixes, leur allure de brochet vorace.
Je crois que nous n’en avons jamais vu autant ailleurs. A certains moments les
bancs se succèdent et défilent l’un derrière l’autre, mais parfois aussi les
groupes d’espèces différentes se rencontrent : ils se croisent devant nous
sans se mêler. C’est vertigineux. Souvent au milieu de cette foule se promène
tranquillement un requin de 2 mètres ou 2 mètres 50. Il semble indifférent
à ce qui se passe autour de lui.
Il y a aussi de petits mérous un peu partout. Le soir ce sont des
Précédent

- 122/299

Suivant