L'expédition a aménagé au mieux les constructions en ruines laissées par les soldats mexicains
Il fallait d’abord transporter à terre un matériel qui se révélait, tout à
coup, considérable.
Le Searcher jeta l’ancre devant une plage de galets que surplombait
une montagne rocailleuse parsemée de buissons. Tout en haut, quelques
arbres émergeaient du brouillard.
Sur le rivage, des masses noires étaient couchées. Elles se soulevaient
parfois, se traînaient. Il montait de ces grands corps maladroits des cris
affreux, des clameurs et, surtout, une odeur pestilentielle. Les nouveaux
venus, entièrement absorbés par la tâche du débarquement, eurent à peine
le temps de jeter un coup d’œil sur les occupants de l’île. Sur le premier
moment, ils furent assourdis par le bruit, puis ils s’y habituèrent, comme
on s’habitue à une rumeur de gare ou d’usine. Quant à l’odeur, elle les prit
d’abord à la gorge, puis ils s’y accoutumèrent aussi.
Grâce à un va-et-vient épuisant entre le bateau et la terre, les caisses,
les cageots, les sacs, les jerricans furent éparpillés sur une centaine de
mètres de plage, au milieu d’un troupeau d’éléphants de mer, à peine troublés
par cet envahissement. Ils étaient des centaines, peut-être plus d’un millier,
apathiques mais couchés en rangs serrés, entassés, et apparemment résolus
à ne pas céder le passage aux intrus. Ils faisaient de l’obstruction, fixant sur
les hommes de gros yeux ronds, bruns, myopes, rêveurs, vaguement ennuyés,
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