92 COMPAGNONS DE PLONGEE
grognons. Mais leurs cris, leurs amours, et surtout le long nez en forme
de trompe qui leur a valu leur nom, ont, depuis longtemps, éveillé notre
curiosité. Lorsque leurs ancêtres sont apparus sur la terre, ils devaient
ressembler au chien. Ils ont beaucoup grossi, et ils ont finalement opté pour
la vie aquatique. Ils appartiennent à l’ordre des Pinnipèdes, ce qui veut
simplement dire « pieds palmés ».
Notre ami Ted Walker, spécialiste américain des mammifères marins,
nous avait accompagnés à bord de la Calypso lorsque nous suivions la
migration des baleines grises du nord au sud. C’est un admirateur passionné
des éléphants de mer. Il nous avait beaucoup parlé d’eux et il nous avait
expliqué qu’ils revenaient à terre pour la saison des amours et qu’ils étaient
alors très vulnérables.
Chaque minute passée hors de l’eau représente, pour l'éléphant de mer,
un effort considérable. C’est à peine si, en raison de son poids, il peut vivre
au sol. Il se fatigue vite, il a trop chaud. Aussi reste-t-il dans un état de
somnolence voisin de l’hébétude, et il ne se réveille que pour se battre et
pour aimer.
Ted Walker pensait que cette inaptitude à la vie terrestre avait failli
provoquer la disparition de l’espèce au cours du xix" siècle, car sur terre,
ces lourds animaux n’avaient aucune chance d’échapper aux attaques des
hommes.
Pendant un siècle, les baleiniers rentrant au port d’attache les ont
massacrés pour achever de remplir d'huile leurs barils, lorsque la chasse à
la baleine avait été mauvaise.
Ils surprenaient les éléphants à terre et, avec des gaffes, ils les poussaient jusqu’au bord de la plage, où ils les assommaient à coups de bâton.
Ils s’épargnaient, ainsi, le transport d’un pesant cadavre ou le portage des
plaques de lard : les gros animaux se transportaient eux-mêmes vers le lieu
de leur mort.
Vers 1880, les grands troupeaux d’éléphants de mer qui vivaient dans
le Pacifique Nord avaient été si sauvagement attaqués qu’il ne restait plus
qu’une centaine d’animaux réfugiés sur l’île lointaine de Guadalupe, à
134 milles au large de la Basse Californie (Mexique).
Même après avoir été partiellement protégés par le Mexique, les
éléphants de mer n’ont pas connu la paix. De nombreux zoologistes les ont
harcelés, et des équipes spécialisées les ont capturés pour les vendre aux
zoos et aux marinelands. On a pu penser, un moment, que les éléphants
de mer ne survivraient pas. Mais le gouvernement mexicain a finalement
sauvé l’espèce en installant, en permanence, un détachement militaire sur
l’île désolée de Guadalupe. On s’est rendu compte que ces animaux étaient
Précédent

- 93/307

Suivant