52 COMPAGNONS DE PLONGEE
Coll et Bonnici parviennent à prendre leurs mensurations, bien aidés
par Michel Bernard, qui, pour la circonstance, a remis ses gants et ses
jambières de cuir.
Le 27 mars, nous instituons le système de la cloche. Chaque soir, les
sardines congelées sont entreposées dans le bocal de plonge, pour qu’elles
soient moins froides. Le matin, avant de les emporter sur la plage arrière
pour le repas, généralement raté, des otaries, nous sonnons la cloche du
bord. Elles reconnaissent bientôt ce son qui annonce l’heure du déjeuner,
mais qui, cependant, ne les incite pas à manger de meilleur appétit.
1" avril. Ce matin, des poissons volants s’abattent sur la Calypso,
s’assomment, frappent de tout leur corps le plancher de bois de la plage
arrière. Les otaries sont prises d’une agitation frénétique et se jettent sur
tous ceux qui sont à leur portée. Nous les ramassons et nous les leur
donnons. Elles mangent enfin. Mais Christobald s’obstine à voler, dans la
gueule de Pepito, tous ceux que nous lui offrons.
Sainte-Hélène
Nous avons fait quinze jours de mer sans voir ni une terre, ni un
navire. Nous avons eu du soleil et un temps maniable. L’équipe s’est reposée
des fatigues que nous avons éprouvées au Cap.
Ce que j’appelle « les séances de séduction pour otaries » ont lieu tous
les jours et durent une heure, ce qui n’empêche pas les rapprochements
occasionnels. Tout le monde, à bord, a pris l’habitude de leur parler doucement, affectueusement, et ce bla-bla-bla sentimental fait son effet.
Nous allons pouvoir avant peu franchir une nouvelle étape, et accorder
une liberté plus grande à nos otaries à bord de la Calypso. Mais je ne veux
rien tenter de ce genre avant l’escale de Sainte-Hélène où nous devrons, au
contraire, redoubler d’attention pour éviter l’évasion.
Ce rôle de geôlier ne me plaît guère, même s’il ne s’agit que d’otaries.
Et nous arrivons en vue de l’île où Hudson Lowe a tenu ce rôle avec un
éclat tout particulier.
Sainte-Hélène émerge de la mer comme un château fort. C’est un
énorme rocher ocre sous le soleil. Nous y arrivons en fin d’après-midi. Une
faille noire s’ouvre dans la montagne. C’est là que grimpe l’unique grande
rue bordée de maisons.
Il n est naturellement pas question de venir à quai. Nous mouillons en
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