246 COMPAGNONS DE PLONGEE
Un tendre
Burke ne pouvait jamais rester seul. Il s’était attaché à nous d’une
manière incroyable. Dès qu’on le quittait, il gémissait et aboyait comme un
jeune chien abandonné à la maison.
Il suivait chacun de nous en se traînant gauchement sur la glace de
Gambell. Il lui arrivait, tant il se hâtait pour nous rejoindre, de choir dans
un trou d’où il n’arrivait pas à sortir. Comme un enfant, il se mettait à gémir
et il fallait qu’on vienne le retirer de sa position. Il a fallu des millions
d’années d’évolution pour que les quatre membres se transforment en
nageoires. Mais la métamorphose s’est si bien accomplie que les morses,
jeunes ou adultes, ont beaucoup de mal à se déplacer sur le sol. Ses « pieds
palmés » obligeaient Burke à avancer en se dandinant et en pivotant sur
ses membres postérieurs, ce qui lui donnait une démarche comique.
Toujours en quête d’affection plus encore que de nourriture, il était
touchant dans ses efforts désespérés pour nous retrouver dès que nous nous
éloignions. Il y avait presque toujours un plongeur pour avoir pitié de lui
et le prendre dans les bras.
Burke avait des préférés parmi nous. Ed Asper, qui était celui qui s’en
occupait le plus, avait moins de succès que Giacoletto ou Bonnici, surtout
lorsque ceux-ci avaient les mains encore imprégnées de l’odeur des mollusques et des vitamines qu’ils lui offraient deux fois par jour.
Il était particulièrement heureux s’il pouvait s’allonger tout contre l’un
d’eux, et lui caresser lentement la figure avec ses moustaches.
— Je n’ai jamais rencontré une créature aussi adorable et affectueuse
que le bébé morse, disait François Dorado. Non seulement il fait mine de
vous embrasser, mais il s’agrippe à vous avec ses nageoires et ne vous lâche
plus.
La leçon de natation
Pendant que Burke s’habituait à sa captivité toute relative et apprenait
à vivre au milieu de nous, le temps était redevenu très mauvais : il ne fallait
pas songer à sortir en oumiak ni à plonger autour de Gambell. Lorsqu’un
peu de soleil est revenu, nous avons voulu entraîner le petit morse vers la
mer, ce qui a obligé les plongeurs à entrer une fois de plus dans l’eau glacée.
Burke avait une couche de lard qui le rendait insensible au froid, mais les
Un tendre
Burke ne pouvait jamais rester seul. Il s’était attaché à nous d’une
manière incroyable. Dès qu’on le quittait, il gémissait et aboyait comme un
jeune chien abandonné à la maison.
Il suivait chacun de nous en se traînant gauchement sur la glace de
Gambell. Il lui arrivait, tant il se hâtait pour nous rejoindre, de choir dans
un trou d’où il n’arrivait pas à sortir. Comme un enfant, il se mettait à gémir
et il fallait qu’on vienne le retirer de sa position. Il a fallu des millions
d’années d’évolution pour que les quatre membres se transforment en
nageoires. Mais la métamorphose s’est si bien accomplie que les morses,
jeunes ou adultes, ont beaucoup de mal à se déplacer sur le sol. Ses « pieds
palmés » obligeaient Burke à avancer en se dandinant et en pivotant sur
ses membres postérieurs, ce qui lui donnait une démarche comique.
Toujours en quête d’affection plus encore que de nourriture, il était
touchant dans ses efforts désespérés pour nous retrouver dès que nous nous
éloignions. Il y avait presque toujours un plongeur pour avoir pitié de lui
et le prendre dans les bras.
Burke avait des préférés parmi nous. Ed Asper, qui était celui qui s’en
occupait le plus, avait moins de succès que Giacoletto ou Bonnici, surtout
lorsque ceux-ci avaient les mains encore imprégnées de l’odeur des mollusques et des vitamines qu’ils lui offraient deux fois par jour.
Il était particulièrement heureux s’il pouvait s’allonger tout contre l’un
d’eux, et lui caresser lentement la figure avec ses moustaches.
— Je n’ai jamais rencontré une créature aussi adorable et affectueuse
que le bébé morse, disait François Dorado. Non seulement il fait mine de
vous embrasser, mais il s’agrippe à vous avec ses nageoires et ne vous lâche
plus.
La leçon de natation
Pendant que Burke s’habituait à sa captivité toute relative et apprenait
à vivre au milieu de nous, le temps était redevenu très mauvais : il ne fallait
pas songer à sortir en oumiak ni à plonger autour de Gambell. Lorsqu’un
peu de soleil est revenu, nous avons voulu entraîner le petit morse vers la
mer, ce qui a obligé les plongeurs à entrer une fois de plus dans l’eau glacée.
Burke avait une couche de lard qui le rendait insensible au froid, mais les
